Bonne question, et je suis content de me l’être posée
On s’ennuyait un peu dans la webosphère. Et comme depuis Clubhouse, on était un peu en manque de buzz, il fallait bien que quelqu’un trouve quelque chose pour occuper nos esprits.
Grâce à Mark Zuckerberg, grand pourvoyeur de mèmes et de buzz (pour lesquels il paye lui même volontiers de sa personne), nous voilà rassasiés. Avec le Metaverse, qu’il a lui même présenté en grande pompe avec le le charisme infini et le charme fou qui le caractérisent (je pense que c’est l’homme avec le visage le moins mobile au monde). Le Metaverse: une sorte de Second Life du futur.
Sauf que… ça n’est pas le futur, que c’est aujourd’hui, que c’est Facebook, pardon Meta, qui en parle, et que donc, on ne pouvait pas ne pas prendre ça au sérieux. Je veux dire qu’on ne pouvait pas faire comme si c’était encore une lubie de la Sillicon Valley. Un truc qui engloutit des milliards aussi vite que la fonte de la calotte polaire, et qui promet des lendemains – numériques – qui chantent, en bref, qui fera du monde « a better place », la fameuse antienne répétée à foison par les startuppers dans leur pitch aux investisseurs dans la fameuse série éponyme : Sillicon Valley (que je vous recommande d’ailleurs vraiment fortement, passé le premier épisode, un peu mièvre, par rapport au reste de la saison).
Donc, hourra baby ! Depuis une semaine, il pleut des articles de blog sur le Metaverse, des articles de presse, des tribunes enflammées. Moi même, donc, avec ma toute mauvaise foi, je me suis penché sur le sujet (pour ne rien apporter à la réflexion, mais au moins, ça m’aura occupé, et vous aussi, en partie, je l’espère). On a enfin un truc à se mettre sous la dent.
Le Metaverse sera-t-il le futur d’Internet (spoiler : non) ?
Le Metaverse nous promet-il un monde à la Matrix (spoiler également : non) ?
Le Metaverse nous sauvera-t-il du réchauffement climatique ?
Le Métaverse est-il dangereux pour la santé ?
Le Metaverse sera-t-il sexiste ? Raciste ? Woke ? (je suis sûr qu’on ne devrait pas tarder à voir apparaître des opinions bien senties et bien étayées sur ces terribles questions qui doivent tourmenter les belles âmes en peine de justice et d’amour confraternels, sinon on vous conspue)
Y aura-t-il une place pour les gilets jaunes dans le Metaverse ?
Le Metaverse permettra-t-il de trouver le sens de la vie ?
Donc, bref, c’est le déferlement d’avis, d’opinions, de récriminations, d’inquiétudes, de dénonciations, de moqueries, de sarcasmes (dont les miens), de bonnes grosses marrades et tout le reste.
Je suis étonné que les politiques ne s’en soient pas encore emparé.
Dans le fond, de quoi s’agit-il ?
Mais dans le fond, que nous apprend le Métaverse de nous mêmes (c’était la question de mon titre, tout là haut là haut, vous vous souvenez ?)
Eh bien, malheureusement, je dois bien tirer de cet engouement absolument absurde un constat désespérant : nous sommes tous comme les insectes attirés par la lumière la nuit. Dès qu’une innovation, ou une pseudo-innovation apparait, dès qu’elle a un petit côté glamour de science-fiction échevelée de futur merveilleux où tout est simple, facile et rempli de petites lumières de multiples couleurs qui clignotent un peu partout, dès qu’elle nous faire entrevoir des perspectives d’une sorte d’au-delà fantastique, nous nous y repaissons comme les fidèles d’une religion affamés par le manque d’irréel, de merveilleux, de magique.
Dans ce monde de technologie que nous avons créé règne toujours présent en nous l’irrépressible désir d’enfant qui nous anime dès qu’une lumière est allumée au milieu des ténèbres mornes du quotidien et de la vie réelle.
Et je crois que c’est cela que veut offrir Mark Zuckerberg (en dehors du fait qu’il cherche à gagner toujours plus d’argent) : du merveilleux. A sa façon. A la façon des geeks de la Sillicon Valley. A coups de milliers de développeurs, de bits, de cables réseaux, de serveurs, de designers graphiques et de pubs. Non, lui, il ne peut pas se contenter d’un crayon et d’une feuille de papier. Il a besoin de faire cela en grand.
Mark, le magicien
Et que son rêve se concrétise. Son rêve, ou plutôt notre rêve. Que son monde devienne réel (et à ce sujet, je vous invite vraiment à lire The Game, d’Alessandro Barrico) ou pas. Le seul fait d’en parler, de nous en montrer les prémisses, un bref aperçu, comme la bande annonce d’un film. Ce seul fait suffit à nous animer. A nous faire vivre. A nous émoustiller. Nous en avons besoin pour nous sentir vivre. Nous avons besoin de ces histoires que les entrepreneurs américains nous offrent depuis plus d’un siècle. Des aventures incroyables de technologie où des fortunes se font à la vitesse de la lumière. De rendre l’impossible possible. Comme sait si bien le faire un Elon Musk, par exemple (avec plus de charisme que Mark, il faut bien l’avouer).
C’est cela qui nous saisit à chaque fois que nous entendons parler d’un buzz en provenance des Etats-Unis et de la Sillicon Valley. Nous gobons (comme des mouches ?) cet univers qui nous fait tant rêver et nous fait croire que, là bas, tout est possible, tout peut se réaliser (comme dans le Jeu de la vie de Laspalès et Chevalier (vieille vieille référence que seul les plus anciens d’entre nous reconnaîtrons)).
Peu importe que le Métaverse soit une énorme arnaque ou un truc sans intérêt, ou un machin pour les ados gavés aux écrans, ou une fumisterie sans avenir.
Ce qui compte, c’est le rêve (pardonnez-moi la platitude du verbe) qu’il envoie. C’est cette décharge électrique permanente que nous envoie les geeks de l’autre côté de l’Atlantique (et qu’on commence à voir émerger de Chine aussi, mais c’est plus compliqué). Cette tension qui nous fait palpiter et nous rend aussi infantiles et excités que des gamins une veille de Noël avant de voir les paquets sous le sapin.
Alors, oui, c’est vrai, on peut s’en moquer. S’en émerveiller. S’en offusquer. S’en f… totalement. Pointer du doigt ce capitalisme gargantuesque. Mais ça serait quand même dommage de passer à côté de toutes ces folies de la Sillicon Valley. Car, mine de rien, elles nous font vivre, nous font avancer, et ont transformé le monde plus que tout depuis 20 ans.
Ah, vous rigolez moins là.
Bonne journée !