Tech et société
Publié le novembre 24, 2021 4 min de lecture

Le capitalisme sera-t-il soluble dans les multivers et sauvera-t-il la planète ?

Les métavers offrent une piste inattendue pour réconcilier capitalisme et écologie. En transférant notre soif de consommation vers des biens numériques (comme Nike sur Roblox), nous pourrions assouvir nos désirs de luxe et d’excès avec une empreinte carbone minime. Le virtuel deviendrait ainsi l’exutoire écologique d’un capitalisme toujours insatiable.

Le capitalisme sera-t-il soluble dans les multivers et sauvera-t-il la planète ?

Les multivers pourraient-ils sauver deux choses antinomiques, à priori, en apparence : la capitalisme et la planète ?

Je lisais un article sur Nike et Roblox, un des grands multivers en fonctionnement à l’heure actuelle, et appris avec surprise qu’un des objectifs de Nike pour son incursion dans un monde numérique était d’y vendre des produits virtuels sous le sceau de sa marque et ce, disait l’article, pour pallier au manque de ventes de produits physiques, bien réels eux, que la pandémie avait provoqué.

Mais ? Comment ça vendre des produits numériques au lieu de vrais produits physiques ? Nike finira-t-elle comme une marque de produits virtuels ? Arrêtera-t-elle de produire des baskets et des vêtements pour la mode et le sport ? Et sera-t-elle la seule marque à s’intéresser aux mondes virtuels ?

Il est intéressant de voir qu’il y a, en ce moment, une sorte de glissement à l’œuvre, de notre monde réel vers les mondes virtuels.

Passerons-nous tous notre temps un jour affublés d’un casque de VR et vivrons-nous par procuration nos vies dans la peau d’un avatar logoté par des marques ? Non, certainement pas. Mais il est probable, en revanche, au vu du temps qu’y passent déjà les jeunes générations, que nous allons vers un monde bidimensionnel. Un monde réel accouplé à un monde virtuel, dans lequel s’exprimeront peut-être plus facilement tous nos rêves et nos fantasmes.

Et peut-être que dans ces mondes virtuels aurons-nous aussi la possibilité de faire plus de choses que dans le monde réel ?

  • Rouler à 250km/h dans un SUV
  • Se payer les articles de mode les plus chers
  • Avoir une apparence améliorée
  • Pouvoir voyager à l’autre bout du monde sans se déplacer
  • Peindre sa maison en rose pour zéro euros
  • Tuer quelqu’un sans qu’il meure
  • Voler dans les airs

Ce qu’il y a de formidable (ou pas) dans les mondes virtuels, c’est qu’ils peuvent nous offrir pour pas cher la réalisation de beaucoup de nos désirs sans que cela prête à conséquence dans le monde réel. En quelque sorte, ils peuvent nous transporter dans un monde de rêves bien plus agréables que la réalité, et c’est bien ça, je pense, que Mark Zuckerberg a en tête avec son Metavers.

Et il y a un marché pour ça.

Évidemment.

Et les marques comme Nike l’ont déjà compris et ont déjà commencé à coloniser ces mondes pour se l’approprier, exactement comme n’importe quel colonisateur, explorateur, se permet revendiquer le moindre bout de terrain qu’il découvre et à en tirer de substantiels revenus.

C’est bien sûr déjà le cas dans de nombreux mondes virtuels où existent des marchés d’objets virtuels que des gens sont prêts à payer très cher, même s’ils ne s’agit en réalité que de code informatique, d’électricité, d’électrons posés sur des puces en silicium.

Mais si l’envol des métavers se confirme, ce marché pourrait bien devenir un nouvel eldorado, un second marché, un marché indolore et futile, un marché où les biens produits n’auront pratiquement pas d’impact sur la planète… ou, du moins, peut-on l’affirmer sans se tromper, avec un impact réduit par rapport à la production de biens réels.

Le capitalisme y trouvera-t-il un second souffle ? Lui qu’on accuse d’avoir détruit la planète par le pillage des ressources pour assouvir notre soif incessante de consommation ?

Peut-on y voir un avenir dans lequel l’immatériel aura autant, sinon plus de valeur, que le réel ? Être riche dans le metavers fera-t-il de vous un bon citoyen, puisque respectueux de la nature ? Voler en jet privé, avoir un yacht surdimensionné, une maison avec 50 pièces, une garde-robe infinie ou presque, ne feront plus de vous, ne fera plus du citoyen numérique un consommateur-pollueur, mais bien un consommateur écolo-responsable à l’empreinte carbone limitée (du moins, par rapport au monde réel). Les métavers pourront-ils nourrir ce fantasme ?

Je vois déjà bien les contradictions que l’on pourrait opposer à cette idée. Transposer l’esprit du capitalisme dans le numérique ne changera rien à sa « nature maléfique ». Ce n’est pas la consommation qu’il faut transmuter, c’est le capitalisme qui doit disparaître.

Peut-être, peut-être… mais je serai curieux de voir dans l’avenir quelle part prendra la consommation de biens numériques par rapport à celle des biens physiques. Nous pourrions être surpris… et peut-être que ce phénomène pourrait en partie apporter une réponse à la sauvegarde de la Terre… pas la meilleure peut-être, mais en tout cas, une solution qui réconcilie la voracité insatiable du capitalisme, associé à sa créativité, à l’écologisme…

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