Il semblerait qu’avec le quick commerce (se faire livrer ses courses en moins de 10mn), l’humanité ait franchi un nouveau pas dans sa course au bonheur et à la béatitude.
Qui n’en avait pas rêvé ?
L’homme préhistorique, dans sa grotte, sans aucun doute (hum !), aurait voulu pouvoir profiter de ce progrès incontournable. Imaginez. Plutôt que de partir à la chasse et se confronter à mille dangers. Hop, simplement envoyer quelques signaux de fumées à quelques chasseurs éloignés pour que quelques minutes plus tard l’un d’entre eux lui ramène, en sueur, un morceau de mammouth ou quelques baies glanées, ça et là, dans la savane, afin de lui assurer sa pitance, pendant qu’il termine tranquillement une peinture rupestre devant laquelle s’extasieront des bandes entières de paléoanthropologues plusieurs millénaires après.
Aujourd’hui, c’est le geek. Archétype mâle de l’être humain de ce début de XXIème siècle qui se repaît d’une telle invention.
Pris par surprise par un stock de PQ vide pendant qu’il est aux toilettes ? Hop, quelques taps sur son smartphone et voilà le livreur de Gorilla à sa porte pour le délivrer de sa situation de blocage.
Oublié les couches du dernier-né de retour du supermarché ? Hop, à nouveau ce jeune homme – si courageux – à sa porte pour pallier aux défauts de sa mémoire défaillante (mais sélective, car la bière, il ne l’avait pas oubliée, elle).
Mince, justement, plus de bière dans le frigo alors qu’il allait se lancer dans une partie de Minecraft ? No souci, évidemment.
Plus besoin de mémoire ! Plus besoin de se rappeler. Il suffit de commander. Et, par la magie d’un algorithme puissant, élaboré par des hordes d’ingénieurs abreuvés de pizzas véganes et d’eau de concombre, couplé à la force musculaire de non moins nombreuses hordes de jeunes hommes aux mollets puissants, venus de banlieues où personne ne vient jamais, le moindre des désirs de l’homme moderne devient réalité.
Un être venu de l’espace, qui étudierait notre civilisation, serait sans doute subjugué par notre capacité à déployer toujours autant d’efforts pour toujours pouvoir exercer sans limite notre paresse congénitale. Et rendons hommage à l’imagination immensément fertile et la force infiniment créatrice du capitalisme quand il s’agit de servir et d’encenser les traits un peu honteux de notre sapientude.
Ou bien alors ?
Serait-ce inconvenant de penser, qu’au contraire, toute cette énergie trouverait meilleur emploi dans des causes moins superficielles ? N’y aurait-il pas dans le monde autour de nous des manques plus importants à combler ? Celui-ci serait-il à ce point si parfait qu’il n’y ait plus qu’à dépenser des millions d’heures de travail pour servir notre plus extrême futilité ?
Je suis saisi par le désarroi.