Tech et société
Publié le avril 4, 2021 7 min de lecture

Écologie et progrès technologique : faut-il changer nos rêves ?

La maire EELV de Poitiers a suscité la controverse en déclarant que les enfants ne devraient plus rêver de voler en raison des impacts environnementaux. Bien qu’elle ait reconnu une maladresse dans sa communication, son intention d’adapter les politiques publiques à la crise climatique soulève des questions sur le rapport entre rêve et écologie.

Écologie et progrès technologique : faut-il changer nos rêves ?

La petite saillie de la maire EELV de Poitiers, cette semaine, a fait ruer dans les brancards 🙂

Alors comme ça, les enfants ne devraient plus rêver de voler (en l’air, je précise) ? Voler serait mal, forcément, puisque un avion ça consomme (du carburant) et ça rejette du CO2 (tout plein). Eh bien, décrottons les mioches de cette idée loufoque. A l’avenir, ils seront priés de rêver à des véhicules terrestres : des trains, des tramways, des métros, je suppose, pas des SUV, ni des voitures de course, ni particulières, tant qu’à faire… soyons tous engagés dans la sauvegarde de notre planète et oublions tout ce que nos comportements passés ont détruit.

Bien sûr, cela a de quoi choquer ! Et cela n’a pas manqué de le faire. La révolte sur Twitter fut à la mesure de la déclaration. « Ces sacrés écolos qui voudraient nous faire penser droit et détruire notre culture, notre histoire, nos progrès ! » (je caricature)

Je ne voudrais pas rentrer dans ce débat ainsi, parce que, je pense, sincèrement, que ce n’est pas à partir d’un morceau de vidéo tronquée et quelques tweets que l’on pourra arriver à discuter posément de problèmes qui sont plutôt sérieux (on parle de l’avenir de l’Humanité là, quand même !), mais plutôt partager ce qui m’est arrivé, quand après avoir éructé avec les autres, j’ai eu la curiosité d’aller lire la défense (toujours sur Twitter) de l’accusée dans l’affaire (notre fameuse maire EELV).

A noter que face à la déferlante, on peut dire que Léonore Maucond’huy a tout de même pris le temps de prendre la plume pour se défendre, et ne pas simplement se fendre d’un tweet incisif et rageur, comme c’est la coutume sur ce réseau stupide au delà du possible dès qu’il s’agit de politique.

Et il suffit de lire ce qu’elle a écrit (et donc prendre le temps de le faire… je sais… je sais… c’est beaucoup plus que le temps nécessaire à s’indigner et à crotter 256 caractères sur la toile avec la satisfaction du bébé qui a fait caca) pour comprendre (comme toujours) que l’affaire n’est pas si simple, et pas si scandaleuse non plus.

D’abord, oui, la ville de Poitiers a réduit de moitié la subvention qu’elle accordait à une association qui fait voler des avions pour le plaisir des jeunes : 4000 euros en moins, sur 8000, sur un budget total de plus de 300.000€. Cela est relaté dans un article de Centre-Presse où la concernée, elle même, avoue sa maladresse (c’est rare un politique qui avoue ses erreurs) dans la manière d’avoir pris et annoncé cette décision aux intéressés.

Mais plus intéressant est son thread de défense que je vous invite à lire également, dont j’ai l’outrecuidance de retenir quelques phrases qui remettent en contexte sa malheureuse (oui, quand même) déclaration en conseil municipal.

2 tweets m’ont semblé tout particulièrement refléter sa position :

« Cette décision est en cohérence avec notre projet écologiste : la crise climatique dont nous héritons, notre volonté de tout faire pour préserver un avenir vivable à nos enfants, nous conduit à réinterroger toutes nos politiques, pour réduire au max. notre impact climatique. »

et

« Il ne s’agit pas d’être contre l’aérien/les aéroclubs, […]. Il s’agit de repenser les priorités dans l’utilisation d’argent public. Les loisirs motorisés doivent pouvoir s’autofinancer. Ce n’est pas bien ou mal, c’est une question de compromis. »

Dès lors, que peut-on reprocher à Léonore Maucond’huy ?

De suivre sa politique ?

De briser les rêves des enfants ?

La question de l’imaginaire, mine de rien, est d’une importance cruciale dans l’appréhension du grand défi écologique.

Oui, et je peux le dire pour moi même, l’imaginaire futuriste de l’homme et de la femme occidentaux moyens (peut-être plus celui des petits garçons que celui des petites filles) est truffé de machines volantes, spatiales, de robots intelligents, d’écrans vidéos partout, de taxis autonomes… Que ceux qui n’ont pas rêvé à la vue du Faucon Millenium (dont la consommation énergétique paraît, à première vue, indécente) lèvent la main. Depuis plus d’un siècle, nous avons tous du futur une vision où la technologie la plus dépensière en ressources énergétiques fascine nos imaginaires. Assez follement d’ailleurs, la plupart des rêves des gamins des années 60-70 se sont réalisés : la montre avec écran de télé, les voitures autonomes, l’intelligence artificielle… Même si quelques trucs restent encore hors de portée, comme le sabre-laser, par exemple… mais bon, on a déjà pas mal de moyens de se trucider les uns les autres sans que ce machin n’en rajoute. Mais tous ont certainement un point commun (avéré) : ils ont l’air de consommer beaucoup d’énergie et donc… sont nocifs pour la planète 🙂 Non, ne riez pas !

Nos rêves nous tuent ! (ne riez toujours pas)

Si je devais citer une personne incarnant cet imaginaire, ce serait le milliardaire Elon Musk. Le seul homme au monde, je pense, qui arrive à transformer ses rêves en réalité, pour le meilleur comme pour le pire, d’ailleurs :

  • Des voitures électriques (bien) autonomes (moins bien, vu la consommation d’énergie de l’IA pour les rendre autonomes),
  • des satellites (qui polluent le ciel) pour rendre internet accessible à tous, même aux plus pauvres (bien),
  • un fusil lance-flamme (débile),
  • des fusées pour aller sur Mars (on aurait mieux à faire en ce moment)… etc.

Elon Musk est fou, il est génial aussi, il représente un rêve pour les uns, le pire des capitalistes pour les autres. Mais une chose est certaine, il rend le monde un peu plus incroyable, passionnant, et donne toute sa dimension à ce besoin que l’on a tous de rêver au futur, à un monde meilleur, au pouvoir de la technologie et de son impact sur le progrès humain. Il incarne l’inventeur passionné qui renverse des montagnes pour mettre en oeuvre ses rêves et améliorer l’Humanité… il est utile, si l’on veut, pour nous faire croire à notre propre capacité à nous changer nous même et à changer notre monde.

Mais Elon Musk semble loin de se préoccuper de la planète. Et ses folies semblent à l’antipode des préoccupations écologiques. Mais pour autant, faut-il jeter ses rêves et les notres à la poubelle ?

…car peut-être que dans Starwars, les vaisseaux impériaux utilisent une énergie propre et renouvelable… La téléportation dans Star Trek permet peut-être à cette humanité du futur de limiter drastiquement la consommation d’énergie liée aux déplacements. Les steaks que l’on mange dans le futur de « Retour dans le futur » sont peut-être synthétiques et permettent de ne pas élever des millions de bovins émetteurs de CO2 et de méthane.

Peut-être… ou peut-être pas… nous n’en savons rien, car nos rêves ne sont pas peuplés par la raison… ils ne seraient plus des rêves alors… et ils nous maintiendraient bien à terre loin de notre capacité à imaginer, à créer, à inventer et à changer les choses.

Et cela ne se contrôle pas. On ne demande pas à un petit garçon de rêver de charrettes à cheval, parce que c’est plus raisonnable pour sauver la planète. On ne demande pas à une petite fille d’arrêter de se voir en pilote d’avion, parce que les avions, ça dégage trop de CO2.

On n’empêche pas les rêves. Que nous resterait-il alors ? Qu’aurions-nous envie de faire si nous ne pouvions pas croire que parfois il existe des choses meilleures que nous pouvons atteindre ? Qu’est-de qui nous ferait encore bouger, réagir, et nous donner l’envie de vivre ?

Je vous pose la question 🙂

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