A quoi pourrait bien servir un robot qui imite nos émotions ? Je me suis posé la question avec bien de la gêne.
Si cette imitation de la nature par la technologie est fascinante, elle entraîne aussi automatiquement une réaction de rejet. Car pourquoi vouloir recréer ce qui existe déjà, imparfaitement, et dans quel but ? Avons-nous vraiment envie d’avoir des machines qui nous ressemblent et pour quoi ?
C’est comme si, systématiquement, les créateurs de machines, ces créateurs que nous voyons à l’œuvre sur nos écrans, avaient un besoin irrépressible de recréer l’être humain. De le refaire en plus parfait, sans doute. En plus puissant. Car, il irait forcément de soi que la machine serait plus forte que nous. Plus rapide. Capable de faire des calculs à la vitesse de la lumière, d’avoir une mémoire phénoménale, et des connaissances infinies. Pour un robot, il est facile de se connecter à Wikipedia et de ressortir chaque article dans une conversation de manière aussi soudaine et rapide que s’il accédait à sa propre mémoire.
Face à de tels êtres, il va sans dire que l’être humain original, le vrai, en chair et en os, serait rapidement dépassé. Il ferait pâle figure, et dès lors, quelle serait son rôle face à des robots qui nous imiteraient si parfaitement, mais qui auraient aussi des capacités de Superman ?
Je ne suis pas le seul ni le premier à me poser la question, bien sûr. Mais ce qui me fascine encore, c’est ce besoin irrépressible que nous avons de vouloir nous recréer nous même. Ce besoin d’être, dans un cycle qui se répèterait à l’infini, les propres dieux de nos propres créatures. Comme s’il y avait chez l’homme un désir profond et perpétuellement inassouvi de réinventer l’espèce humaine en mieux.
Je ressens comme un désir de puissance dans cette voie là. Un désir d’effacer nos faiblesses et notre petitesse par rapport à l’univers. De nous donner cette place, celle de n’être plus dépendant de la Nature, et celle de n’être plus dépendant de notre nature, par définition finie et limitée.
Notre rêve à travers les robots n’est-il pas de nous rendre immortels ?
Bientôt peut-être, nous pourrions y injecter notre mémoire ? Notre personnalité ? (bien que théoriquement cela semble impossible). Bientôt peut-être pourrions-nous nous injecter dans ces corps inaltérables, inusables, alimentés par une seule source d’énergie simple : l’électricité ?
Mais cela est-il vraiment un rêve ou une malédiction ? Cela est-il vraiment une voie à rechercher ou bien un piège de notre esprit ? Pourquoi ne nous contenterions-nous déjà pas de ce que nous sommes ? Pourquoi notre finitude ne nous suffit-elle pas ? Oublier justement que c’est cette finitude qui donne un sens à nos existences ? Sans fin, pas de sens. Sans fin, juste un infinie éther sans histoire, sans bonheur, sans direction.
Un jour peut-être, il y aura des robots à notre image et nous les confondrons avec des humains, comme dans la série Real Humans. Un jour peut-être, nous n’aurons plus besoin de faire d’efforts pour vivre, car les machines pourront faire toutes les tâches à notre place, et même nous remplacer dans ce que nous avons de plus humains. Les sentiments, les émotions. Peut-être que demain, nous nous réfugierons dans les bras de notre robot domestique pour nous consoler et que nous ressentirons nichés en eux le sentiment bienveillant du regard de notre mère sur notre propre corps. Peut-être que demain les robots nous soulagerons de tous les fardeaux, toutes les peines, tous les dangers de notre existence. Peut-être alors n’aurons nous plus rien d’autre à faire que de nous divertir. Comme les dieux de la mythologie grecque. Cela aura-t-il alors encore un sens ?
Peut-être que les Dieux grecs pourraient nous répondre ?
Pour en savoir plus sur le robot vu en vidéo : Ameca, le robot humanoïde aux expressions faciales proches de celles des humains