Quand j’entends la phrase “Oui, mais moi, je ne sais pas faire de prompt”, je tends l’oreille et tourne légèrement la tête.
Le blocage du prompt
On ne le croirait pas, mais beaucoup de gens sont mal à l’aise avec les outils d’IA.
Le problème est qu’il y en a désormais partout et que ceux qui s’enfoncent dans cette crainte risquent de perdre encore plus pied.
C’est inéluctable.
Ce n’est pas tout.
L’illusion du simples questions/réponses
J’en croise encore beaucoup d’autres pour qui l’IA est un chat. Ils posent une question et l’IA répond. Ils en sont restés à 2022.
Ce ne sont pas les derniers de la classe. Ce sont parfois des gens extrêmement diplômés, des cadres qui payent – ou se font payer – un abonnement à chatGPT, mais qui s’en servent encore comme un simple outil de questions/réponses.
Quand je leur parle d’agents, ils n’ont qu’une vague idée de ce que c’est bien qu’ils aient conscience que c’est quelque chose d’important.
Partout, mais parfois bien décevante
L’IA est partout maintenant. J’utilise la suite Google, mais je suppose que c’est pareil pour Microsoft, elle suinte de chaque coin d’application et chaque utilisateur est sans cesse intimé d’utiliser les formidables bénéfices qu’elle apporte.
Et on peut se sentir bête, certainement, à ne pas savoir qu’en faire… ou bien, à perdre son temps à essayer de s’en servir bien. L’IA peut être aussi enthousiasmante que rebutante. Dans les outils Google, sa maladresse est parfois pathétique. Des choses élémentaires échappent à ses capacités alors qu’elle a le cerveau truffé d’informations, plus que tous les êtres humains réunis de la Terre. On peut vite l’abandonner quand deux ou trois essais mènent à l’échec. Cela arrive souvent.
Beaucoup d’outils, peu d’usages réels
Je pense qu’on pourrait faire le constat général qu’en entreprise tout le monde dispose de l’IA, mais personne n’en tire un réel profit… L’IA a quelque chose de magique qui nous éblouit, mais dès qu’il faut passer aux choses sérieuses, elle a tendance à nous échapper.
Elle nous fait perdre trop de temps à présenter des résultats étranges et biscornus.
On se rend vite compte qu’on ne peut pas l’implémenter avec les autres outils métiers et on se retrouve souvent à faire du copier-coller à gauche et à droite.
De toute évidence, nous avons quelque chose d’extraordinaire entre les mains, mais il me paraît difficile de l’exploiter. L’IA entraîne tant de changements dans la manière de faire les choses qu’elle va contre la nature conservatrice de la plupart des êtres humains.
La résistance naturelle au changement
Ne me dites pas le contraire.
La plupart d’entre nous détestons changer.
Faire l’effort de faire autrement quelque chose nous rebute.
Ce n’est pas une question de manque de curiosité ou d’enthousiasme, mais tout simplement un problème d’économie d’énergie du cerveau. Changer demande des efforts.
L’expérience du salarié indépendant et augmenté
Comme travailleur indépendant, j’ai la chance de pouvoir découvrir et expérimenter tous les jours de nouvelles techniques. Aujourd’hui, je travaille presque 90 % de mon temps avec de l’IA. Pour de très nombreuses choses : développer mes propres outils quand ils n’existent pas, résumer des textes, transcrire une vidéo, créer des images, réfléchir à des problèmes.
Jour après jour, je me sens de plus en plus augmenté par l’IA… sans pour autant abandonner mon intelligence, puisque je ressemble de plus en plus à un capitaine avec un équipage composé de petits agents tout mignons qui font plein de choses pour moi. J’ai retrouvé un plaisir immense à travailler, parce que je peux presque me débarrasser chaque jour de tâches ingrates, ou encore, parce que je peux chaque jour faire des choses que je ne savais pas faire.
La liberté d’expérimenter
Cela m’est possible parce que je n’ai pas de contrainte hiérarchique ou budgétaire, que personne n’ira me reprocher de perdre mon temps à développer un outil pour extraire des données dans ma base CRM rapidement quand la fonction n’existe pas ou est payante et que je ne veux pas payer un abonnement plus cher.
Oui, c’est comme cela que ça se passe. Et il est vrai qu’on imagine mal les salariés d’une entreprise pouvoir avoir autant de libertés.
Pourquoi l’entreprise reste-t-elle à la traîne ?
Quand je pense à tout ce que je fais en une journée, et que je ne pouvais pas faire avant.
Quand je vois à quelle vitesse je peux avancer, je n’arrête pas de me dire que pour beaucoup d’entreprises, l’usage de l’IA ne suit pas.
Personne ne veut prendre le risque de la généraliser.
Freins et risques perçus par le management
Il y a le problème de la confidentialité des données.
Celui de la confiance envers les salariés (« S’ils commencent à développer des choses, quand vont-ils faire leur travail ? »).
Celui de la mesure de l’efficacité : gagne-t-on vraiment du temps avec l’IA ? Fait-on vraiment mieux ? Est-on plus ou moins fatigué à la fin de la journée (si, si, question sérieuse) ?
On sait aujourd’hui qu’en moyenne, les salariés arrivent à être plus productifs avec l’IA, à leur niveau, mais que cela ne se traduit pas dans les chiffres des entreprises. Paradoxal. Or, a priori, une entreprise où tous les salariés seraient IA-ready devrait être beaucoup plus rapide, agile, puissante… ça ne semble pas vraiment être le cas de nos jours, en tout cas, pas dans la plupart des entreprises.
Le paradoxe de la productivité
Sans doute pour les raisons évoquées plus haut. Parce qu’il y a une frilosité à intégrer ces fameux outils. Une peur de perte de contrôle de la part des managers… la peur du risque. C’est là qu’est le frein. Je ne crois pas en la réticence des salariés, mais plutôt en la crainte du management. La transformation est si puissante qu’elle les paralyse. Les formations existent, mais j’ai l’impression qu’elles restent lettre morte la plupart du temps. On se forme et on oublie (comme pour beaucoup de formations… si vous voulez mon avis).
Un modèle d’entreprise sclérosé et corseté
Ce n’est pas le symptôme du manque de curiosité ou de savoir-faire… c’est le symptôme d’entreprises qui ne savent plus faire confiance à leurs salariés, ni leur donner de la liberté. Notre modèle est sans doute trop sclérosé. Et ça n’a pas l’air de vouloir changer avec les jeunes générations. Aujourd’hui, l’entreprise est un dortoir où on demande aux gens de faire leur boulot, pas de contribuer à la création de valeur. On leur dénie tout choix… étouffant toute l’entreprise du bas jusqu’en haut (sauf la tête). Imaginez un corps corseté dans une armure rigide, comme nos fameux chevaliers… contre des archers… c’est un peu comme ça que je vois la situation.

