Tech et société
Publié le mai 11, 2021 6 min de lecture

Pourquoi la science-fiction peut éclairer 2026 ?

La science-fiction, souvent sous-estimée en France, est une littérature qui reflète la réalité et suscite une réflexion sur notre monde. L’auteur évoque comment des œuvres classiques et modernes, telles que celles de Bilal ou Orwell, offrent des perspectives cruciales sur des enjeux contemporains, comme le numérique et le réchauffement climatique.

Pourquoi la science-fiction peut éclairer 2026 ?

La science-fiction peut-être nous apprendre de notre monde et nous y guider ?

Je suis assez fan de science-fiction, et comme tout petit français, j’ai toujours eu un peu honte d’en lire, parce que la science-fiction en France ne semble jamais avoir été considérée comme de la littérature, la vraie, la grande, avec de belles phrases, de beaux élans sentimentaux, et des écrivains ou écrivaines au front plissé, strié par les tourments de l’esprit.

Mais pourtant les romans de science-fiction ont toujours été mes préférés. Ça a commencé avec Jules Verne dont j’ai du lire une bonne partie de la production entre mes 7 et 10 ans. Ça a continué avec du Barjavel que j’ai adoré dévorer (merci à ma prof de 6ème qui m’a fait découvrir ces monuments : Ravage, la Nuit des Temps, etc). Et puis, ça a été la très grande révélation avec 1984, qui restera toujours pour moi le plus grand dystopique du XXème siècle.

J’en ai lu bien d’autres bien sûr, et je ne pourrai pas tous les citer, et puis, j’avoue que j’ai toujours été plus fan des romans dystopiques que de fantasy ou d’autres types de science-fiction. J’ai toujours aimé que la science-fiction se rapporte à la réalité. Autrement dit, comme un miroir déformant de celle-ci, comme des options qui permettent de regarder notre monde sous un autre angle de vue.

Aujourd’hui, je ne lis plus de romans de science-fiction, que j’ai remplacés par les séries. Et inutile de vous dire que j’ai adoré Black Mirror, qui est sans doute la réussite la plus éclatante de dystopie pour parler de notre monde moderne.

La science-fiction est donc épatante pour nous parler de nous, et à ce titre, elle devrait être beaucoup revalorisée. Ce que disait Enki Bilal a ce sujet m’a littéralement mis un coup de boost.

« 

J’ai toujours défendu la création artistique et en particulier la science-fiction. Je suis désolé de le dire mais pour moi certains textes de science-fiction dépassent largement des œuvres adoubées par la « culture officielle ». Je le dis et je l’assume ! (…) Imagine un peu un professeur de français qui aurait compris que les enjeux à venir ont des réponses pertinentes chez Asimov, Lovecraft, Philip K. Dick, H. G. Wells ou aujourd’hui Damasio, et qui mettrait ces textes au programme plutôt que Hugo, Proust ou Zola…
On a souvent considéré que la science-fiction n’était pas à la hauteur du monde culturel, or aujourd’hui, on voit les clés de compréhension incroyables qu’elle donne. Pour moi, cette littérature est une façon pertinente de regarder le monde, de penser ce qui nous arrive. J’ajoute même que je suis convaincu que la science-fiction permet de porter un regard acéré sur le monde, un regard politique, au sens où elle a les deux pieds ancrés dans le réel à tel point que parfois celui-ci nous revient à la figure ! 

Enki Bilal dans L’Homme est un accident (Belin, 2021)

Et je trouve que notre époque, justement, manque de son grand roman de science-fiction.

Les fins connaisseurs me citeront sans doute beaucoup d’exemples, et je les attends avec beaucoup d’impatience. Mais j’aimerais qu’on me parle d’un roman qui synthétise les travers de notre monde numérique, ses risques et ses dangers. Il y aurait tant à raconter.

De toute évidence, car la numérisation du monde est en train d’effacer encore plus vite ce que le XXème siècle avait commencé à faire. Toute trace du monde traditionnel et des cultures anciennes nées de la sortie du néolithique s’effacent. Déjà, la plupart de nos référents sont absorbés par un melting-pot numérique international multiculturel (que je retrouve en partie dans un Porco Rosso, le fameux film de Miyazaki) où toutes les réminiscences du passés sont recyclées pour former un nouvel imaginaire, nettement moins dominé, il faut bien le dire, par la culture occidentale, même si celle-ci a profondément marqué notre monde d’aujourd’hui.

Les métamorphoses qui nous guettent sont si angoissantes qu’il est temps qu’on les remette à plat pour les regarder avec plus de lucidité et moins de terreur :

  • au premier rang desquelles le réchauffement climatique
  • mais aussi le retour en force de l’obscurantisme religieux
  • les pandémies et les catastrophes naturelles
  • le basculement du monde vers l’Asie avec la montée en puissance de la Chine : jusqu’où ira-t-elle dans sa domination
  • l’effritement des Etats-Unis, et la fin de son leadership
  • l’endormissement de l’Europe
  • la numérisation du monde, bien évidemment, avec la mise en données de toute l’existence, de toute la vie
  • l’avènement de l’IA

Alors qu’au XIXème siècle, les européens accueillaient le futur et la technologie avec optimisme, il n’en est plus rien aujourd’hui. La peur de l’avenir prédomine, avec le sentiment d’engloutissement réservé aux civilisations en fin de vie, appuyé par des forces rétrogrades qui voudraient nous enfermer dans un monde pseudo-ydillique, dans lequel nous serions en harmonie avec la nature…

Dans cette ambiance, certes nous avons besoin d’agir, car nous ne pouvons rester impassible et impuissant pour conserver nos progrèes, nos avancées, mais nous devons aussi nous redresser et ouvrir les yeux face à l’avenir qui nous semble si sanglant. Nous devons regarder en nous mêmes et hors de nous mêmes ce que ce monde nous réserve. Et regarder avec honnêteté ce monde sans en avoir peur, ni sans le sous-estimer. Ayons le courage d’affronter nos vérités. Ayons aussi le courage d’accepter ce qui est fort en nous et que nous ne devrions pas réprimer. Ayons le courage de ce que nous sommes avec nos forces et faiblesses, avec ce qui est bon en nous, comme ce qui est mauvais.

Et continuons à avancer avec optimisme et sûreté.

Lire les extraits de L’Homme est un accident sur Usbek et Rica

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