Comment un outil de programmation déchaîne les passions
Si vous ne le connaissez pas, moi non plus, je ne le connaissais pas : Dario Amodei, le patron d’Anthropic, l’un des grands acteurs de l’IA aux US.. Un garçon très bien, très poli, très élégant aussi, contrairement à Mark Zuckerberg dont les choix vestimentaires ont toujours fait tiquer notre fière équipe de rédaction, ici à Numerika. Un garçon très intelligent, diplômé de Stanford et Princeton à la fois. Wow, ça ne rigole pas et vous pouvez être sûr qu’avec un cursus comme ça, les têtes se tournent et l’écoutent dès que son visage émerge dans une assemblée.
Bon.
Il y a quelques mois encore, notre ami Dario (avec un nom pareil, il aurait pu être chanteur d’opéra) prédisait avec prudence l’arrivée de l’AGI (qu’il appellait d’ailleurs « IA puissante »). Mais l’AGI ne venant pas (l’intelligence artificielle générale, personne ne sait exactement ce que ça veut dire, mais le mot est si hypnotisant auprès des investisseurs, qu’il suffisait de le prononcer pour faire pleuvoir les milliards), il fallait bien trouver une nouvelle carotte pour continuer à « attirer les capitaux » comme on dit dans le langage châtié de la presse économique spécialisée.
Les agents IA de codage : le nouveau mirage économique de la Tech
La nouvelle hype de l’IA, et la nouvelle carotte, donc, c’est Claude Code, l’IA qui programme à votre place, et qui va bientôt être capable de coder entièrement des applications « sans les mains ». Oui : sans les mains. Un prompt et hop ! Vous avez une application ! Aussi simple que ça !
Comme toujours, dès que la promesse est trop belle, je me méfie.
Depuis sa dernière release en novembre, Claude Code a déchaîné la hype sur les réseaux sociaux. Le New-York Times en parle et même le Wall Street Journal. Le Wall Street Journal, comprenez bien : le signal pour que les investisseurs tournent leur lance à dollars dans une nouvelle direction : celle des apps qui codent toutes seules.
Si vous suivez les réseaux sociaux, vos timeline doivent être pleine de « Wow » et de « Amazing » à propos de Claude Code.
Claude Code, c’est comme Antigravity. Un IDE qui permet de coder en utilisant des agents. Mais, imaginez : avec Claude Code ou Gemini, vous ne demandez plus seulement à votre agent IA de pisser du code. Ça va beaucoup plus loin.
Plus qu’un simple « pisseur de code »
Claude Code vous conseille sur la structure de votre application, sur les langages à employer, sur l’environnement et les outils à déployer. Il s’auto-corrige lui même. Vous propose des stratégies pour sécuriser vos développements. Ecris pour vous la documentation de votre projet. Vous aide pas à pas à intégrer des applications tierces ou à vous connecter à des API. C’est bien plus qu’un développeur, c’est un super-conseiller au savoir infini.
Anthropic, la maison mère de Claude Code, explique qu’il lui a fallu une semaine et demi pour que Claude Code se développe lui même… Certains codeurs, un peu narcissiques, raconte qu’ils laissent tourner Claude Code travailler pendant qu’ils vont prendre un café, en attendant que leur programme soit prêt. Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, aurait développé Bitchat, sa dernière application, en deux jours grâce à son agent IA.
Aussitôt, le monde s’enflamme et Dario Amodei lui même pousse la chansonnette : bientôt, les codeurs seront aussi utiles qu’un petit poinçonneur des Lilas. Totalement obsolètes.
Mensonge, évidemment. Les patrons de la Sillicon Valley, Elon Musk en premier, ne sont jamais avares de prédictions bidons tant que ça les aide à engranger les investissements.
Pour s’en rendre compte – et c’est ce que j’ai fait -, il suffit de faire un tour dans quelques forums de développeurs et l’on comprend bien vite que tout ce qu’on entend sur ces agents IA de développements est partiellement vrai. Ou partiellement faux. Ça dépend de votre manière de regarder les verres.
Mais comme le temps passe et que je vois débarquer ma journée, je ne prolongerai pas plus loin aujourd’hui ces considérations. Gardez juste une chose en tête : les promesses trop belles du digital, les révolutions n’engagent que ceux qui les croient. La magie, ça n’existe pas.