Qu’est-ce que lire pour moi ?
Je n’ai jamais autant lu.
Lu sur écran.
Sur mon iPhone ou sur mon McBook 🙂
Énormément d’articles de presse. Pour mon travail, mais aussi pour ma culture personnelle. Je suis assez passionné d’actualité, de politique, d’économie, de problèmes de sociétés, de sciences parfois, mais de tout en fait, en général. Je suis un omnivore qui picore à tous les râteliers. Ma curiosité est insatiable.
Et puis, je lis aussi des livres… essentiellement des essais, des réflexions sur la société, de la socio, de l’économie, de l’histoire.
J’aime essayer de comprendre le sens de notre temps, même si je me rends bien compte que la tâche est sans fin.
La lecture est chez moi une seconde nature et je n’imagine pas une journée où je n’aurais pas lu quelque chose.
Je fréquente aussi beaucoup les réseaux sociaux : essentiellement Twitter que j’affectionne et déteste en même temps.
Impossible d’y dérouler une pensée élaborée. Trop facile de s’y énerver et de s’y scandaliser et de tomber dans la roue gigantesque du moulin de l’indignation.
Mais tellement génial de pouvoir y échanger avec des personnalités connues, de pouvoir découvrir des articles incroyables ou d’y dégotter le petit trait d’humour qui me fera sortir un rire des tréfonds de ma carcasse.
Bref, je lis.
La lecture est pour moi un plaisir avant tout. Mais aussi un élément essentiel de mon existence.
La lecture m’a permis de me former, car je n’ai jamais réussi à suivre des études normalement.
Elle m’a permis d’envisager le monde à travers les yeux d’autres que moi, de me transporter dans l’Histoire (mon roman préféré est A l’Ouest, rien de nouveau), d’être une femme (Le Mur Invisible), un vieil homme, parfois même un animal (Les fourmis, de B. Weber). D’aller sur d’autres mondes, au plus profond du notre (avec Jules Vernes), de vivre dans le futur (avec H.G. Wells). D’être un aventurier, un écrivain, de rencontrer des hommes célèbres, d’aller au fond de la mine, de m’envoler (avec Saint-Exupery).
Pas besoin de machine à voyager dans le temps, pas besoin d’avion, pas besoin de guide… tout a toujours été là dans les livres, ces fidèles compagnons qui me suivent de déménagement en déménagement (même si, un jour, je l’avoue, j’ai donné quasiment toute ma bibliothèque à Oxfam).
Les livres représentent toujours pour moi des objets sacrés, même si tous les livres ne renferment pas toujours de précieux trésor. Ils restent le véhicule d’une liberté, d’un affranchissement de l’âme et du corps, d’une émancipation.
Mais ils ne sont pas qu’un moyen d’évasion.
Les livres m’ont toujours beaucoup appris et m’ont beaucoup transformé.
La lecture m’a donné la liberté
Grâce à eux, j’ai pu fréquenter ceux qui nous expliquent le monde d’aujourd’hui, je comprends mieux ce maelstrom géant qu’est notre époque, j’ai moins peur de l’existence, je déchiffre mieux le spectacle permanent qui nous est offert, sans qu’il m’ait l’air d’un monstre, mais d’un monde que je peux décoder, comprendre et appréhender.
Les livres m’offrent ma liberté… la liberté d’être un citoyen libre, affranchi et conscient… pas le jouet de la déferlante électronique et visuelle des médias… pas le fétu de paille emporté par le tumulte formidable des réseaux sociaux… pas le mouton errant bêlant avec les autres…
Je dois au moins ça aux livres. D’être un être libre et fier de l’être.
Le monde du numérique que je fréquente assidûment est à l’opposé de ce que représente le livre. Il est une déferlante interactive, un flot ininterrompu de données qui nous abrasent comme un ouragan pelant la campagne de ses vagues d’air rauques et puissantes. Je m’y abreuve jour et nuit, je m’y repais souvent. J’aime ce flux interrompu de données, d’informations, éclosant comme un feu d’artifice sur les coins de mes écrans… j’aime ces interactions rapides avec les autres que nous procure ce monde. Jamais une invention humaine n’avait autant captivé les attentions, absorbé nos cerveaux, bu notre temps, asphyxiant peut-être nos pensées, notre capacité à réagir, à penser, à réfléchir.
Dans l’océan numérique, pour qui ne sait pas nager, le tourbillon est permanent, les courants forts et entraînants, la tension permanente, l’absorption presque totale. Et pour la plupart, nous n’y sommes que des atomes errants au gré des forces physiques qui nous traversent.
Le livre, ultime arme contre le Léviathan numérique
Dans son synthétique livre, la Civilisation du Poisson Rouge, Bruno Patino nous prévient : notre temps d’attention aurait baissé à pas moins de 9s. Neuf petites secondes qui seraient notre temps de capacité à rester concentré sur un seul sujet. En baisse de quelques secondes depuis le début des années 2000.
Des études montrent qu’en Occident, dans le même temps, le QI des européens moyens serait perpétuellement en baisse.
Nous ne nous souvenons plus de rien. Nos mémoires sont saturées et nous oublions de plus en plus vite le passé. Nous n’arrivons plus à prendre le recul nécessaire pour juger des évènements.
Tout est fait dans la précipitation. Les réactions politiques, les réflexions intellectuelles, et même les lois qui sont votés au gré des déflagrations médiatiques.
L’homme, dans ce monstre, le Numérique, est devenu comme une girouette, un poulet sans tête, qui court dans toutes les directions sans savoir où il va.
De notre droit à échapper au numérique
Or, je crois que nous avons besoin de temps de pause, de plus en plus de temps… de temps où notre cerveau se repose, mais aussi où il se cultive, dans une relation d’égalité avec l’information. Tout le monde n’aime pas lire, mais tout le monde peut lire… tout le monde peut prendre un livre, le temps de la réflexion… tout le monde peut s’évader un instant, ne serait-ce qu’avec les éditions Harlequin ou avec du Gallimard, peu importe, au fond… tout le monde peut décider, dans ce temps qui est le notre, d’échapper à l’omniprésence du numérique, et de reprendre sa liberté de penser et de réfléchir. Tout le monde peut se poser dans un jardin à l’ombre du soleil, sur une plage, dans le métro, dans le bus, chez soi, dans un fauteuil au coin du feu en hiver… tout le monde peut goûter à la relation simple de ces pages qui se tournent, de ce contact agréable avec le papier, du poids de ce livre qui est la seule chose tangible de ces mots qui nous pénètrent et nous parlent.
C’est pourquoi j’ai rejoint Delphine dans son combat pour la lecture.
Delphine est ma compagne. Elle est professeure de français et elle enseigne aussi le latin. Elle a travaillé pendant longtemps dans ce qu’on appelle un zone difficile et a mis en place un programme d’apprentissage de la lecture spécifique pour aider des jeunes à prendre goût à la lecture, à apprendre à apprendre.
Tous les deux, nous sommes convaincus des bienfaits de la lecture et de ses potentialités bienfaisantes pour l’âme et l’esprit. Nous croyons fermement que tout le monde peut lire et que tout le monde doit lire, mais dans cette relation si particulière que crée le livre et non pas l’écran. Nous pensons que ce temps accordé au livre est un trésor précieux que nous ne devrions, nous tous, ne plus négliger, et vers lequel nous devrions retourner…
Il ne s’agit pas tant d’abandonner les écrans qui sont devenus une composante incontournable de nos existences que de revenir à une pratique dont les bienfaits ont toujours été avérés et dont l’abandon progressif semble être un véritable danger pour l’Humanité, pour la Liberté, pour l’autonomie de nos esprits.
Nous connaissons tous l’ambition des GAFAM qui est de capter un maximum de notre temps d’attention, de nous soutirer notre temps libre à leurs offres numériques, à nous transformer en consommateurs inertes et serviles de leurs algorithmes.
Non pas qu’il faille rejeter la modernité qu’ils offrent et l’incroyable opportunité aussi que recèlent en elles les interactions numériques, non.
Il s’agit de reprendre un peu de ce qui nous appartient. De ce temps précieux que nous sommes en train inconsciemment de leurs sacrifier innocemment, avec une délectation néfaste.
Ce temps, nous pouvons le retrouver dans la lecture des livres.
Nous le croyons très forts, Delphine et moi.
Le temps des livres
Pour cette raison, nous sommes en train de créer un projet qui permettra de redonner du vernis et de l’élan à cet acte si précieux qui a fondé et fait naître tant de bienfaits au sein de notre civilisation occidentale.
Ce projet, Libre comme Lire, est une plateforme d’intermédiation qui permettra à des acteurs de la vie entrepreneuriale d’aider à financer les actions des associations – et elles sont nombreuses – qui promeuvent l’acte de la lecture : en passant de la lutte contre l’illetrisme à des séances de lecture en librairie pour le simple plaisir de se retrouver ensemble, entre humains, à écouter les mots d’une voix se déverser en nos âmes.
Aujourd’hui, nous cherchons encore des financements pour démarrer cette plateforme, mais le projet a déjà pris son envol avec notamment la formation d’un conseil d’administration, mais aussi d’un comité de validation des associations qui pourront être affiliées à la plateforme.
Nous cherchons aussi des bonnes volontés pour nous aider à construire ce projet et pouvoir le porter à son terme.
Dans ma vie d’entrepreneur, c’est une quête supplémentaire. Et cela faisait longtemps que cette corde manquait à mon arc. J’aime l’entrepreneuriat, j’aime créer des entreprises, j’aime rendre service et gagner de l’argent, mais j’avais besoin aussi pour m’épanouir de créer une activité qui me remplisse d’un sens plus profond encore : celui d’aider mon prochain, d’aider les autres (cela sans connotation religieuse, il va sans dire).
J’espère que ce projet vous plaira autant qu’il nous enthousiasme actuellement et que vous ferez partie, vous qui m’avez lu jusqu’au bout, de nos futurs soutiens.
L’acte de lire par Houellebecq
Je termine cet article, si vous avez encore un peu de patience, avec une citation de Michel Houellebecq (que je vénère, enfin, pas trop quand même, il ne faudrait pas qu’il prenne la grosse tête), mais dont l’humour cinglant m’a toujours fait rire… et surtout ces positions iconoclastes sur le monde d’aujourd’hui.
Les dangers qui menacent [la littérature] aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux qui ont menacé, parfois détruit les autres arts ; ils tiennent beaucoup plus à l’accélération des perceptions et des sensations qui caractérise la logique de l’hypermarché. Un livre en effet ne peut être apprécié que lentement ; il implique une réflexion (non surtout dans le sens d’effort intellectuel, mais dans celui de retour en arrière) ; il n’y a pas de lecture sans arrêt, sans mouvement inverse, sans relecture. Chose impossible et même absurde dans un monde où tout évolue, tout fluctue, où rien n’a de validité permanente ; ni les règles, ni les choses, ni les êtres. De toutes ses forces (qui furent grandes) la littérature s’oppose à la notion d’actualité permanente, de perpétuel présent. Les livres appellent des lecteurs ; mais ces lecteurs doivent avoir une existence individuelle et stable : ils ne peuvent être de purs consommateurs, de purs fantômes ; ils doivent aussi être, en quelque manière, des sujets.
Michel Houellebecq dans Citations, éd. 2020
Minés par la mâche hantise du « politically correct », éberlués par un flot de pseudo-informations qui leur donnent l’illusion d’une modification permanente des catégories de l’existence (on ne peut plus penser ce qui était pensé il y a dix, cent ou mille ans), les Occidentaux contemporains ne parviennent plus à satisfaire cette humble demande d’un livre posé devant eux : être simplement des êtres humains, pensant et ressentant par eux-mêmes
Photo par Alfons Morales