De quoi la pub Intermarché est-elle le nom ?

De quoi la pub Intermarché est-elle le nom ?

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Aucune marque n’aurait pu rêver mieux que cette pub Intermarché, forgée sur les cartes mères des iMacs d’une agence d’animation, basée sur une idée empruntée à un livre d’histoire pour enfant, consensuelle à souhaits, mais pas tant que ça, anti-IA sans le vouloir, anti-végan, anti-boucher, nationaliste (il fallait la trouver, celle là), spéciste, peut-être, on ne sait plus. A priori, dès que quelqu’un a quelque chose à revendiquer dans ce pays, il le trouve dans cette pub, pourtant bien innocente. Bref, le parfait petit objet publicitaire, inconsciemment conçu pour buzzer, dont le voyage intersidéral à travers les réseaux sociaux échappe totalement à ses créateurs et à son commanditaire (1 milliard de vues quand même, c’est pas rien) et révélateur in vitro de la vie en ligne, dans ce qu’elle a de pire et de meilleur.

Pour une marque, que demander de mieux ? Surtout quand des géants de la communication et du marketing se font bâcher dans les grandes largeurs au même moment avec des pubs full-IA (voir notre article) qui ont réveillé les ardeurs publicides des plèbes créatives avec une virulence digne des anciens luddites.

L’au-then-ti-ci-té ! On vous dit ! C’est l’authenticité qui change tout ! L’authenticité d’une histoire simple, d’un loup qui n’a pas d’ami, parce qu’il mange tout le monde (c’est vrai que c’est difficile d’avoir des amis quand on a la manie de les aimer en les mangeant, ils sont moins amis ensuite), mais qui comprend que s’il se met à la cuisine végétarienne, alors il redeviendra pote avec tout le monde. Dehors, donc, les carnivores. C’est has-been. Bravo pour la récupération politique du film… qui doit toucher pile-poil les vingtenaires-trentenaires des grands centres villes urbains des agences de créa digitale. On ne pouvait pas leur plaire plus. Oui, retournons aux vraies valeurs, celle du méchant (le loup, décidément cantonné ad vitam aertenam à ce rôle) qui devient gentil, parce que, in fine, en ne mangeant plus que des carottes et des champignons, il va sauver la planète bien sûr ! Je ne suis pas sûr, du coup, que dans les rayons boucherie d’Intermarché, on apprécie beaucoup le message. En tout cas, apparemment, le syndicat des bouchers, lui, ne l’a pas apprécié en le faisant savoir vertement sur les réseaux sociaux (mais, à dire la vérité, on s’en fout un peu du syndicat des bouchers).

Un groupe de véganes a aussi porté plainte contre Intermarché pour une histoire de poissons… ah oui, le poisson, ça serait pas végétarien (parce que dans le film, on a le droit de manger du poisson, mais pas de la viande), et qu’il s’agirait donc de propagande pour la flotte de pêche d’Intermarché connue pour racler un peu trop fort les fonds marins pour alimenter ses poissonneries.

Bon, sinon, j’ai aussi vu un type qui trouvait que le message était un dénigrement de la nationalité française et des bons français d’autrefois, ceux des années 50, qui faisaient des barbecues et aimaient la charcutaille pleine de cochons horriblement étripés dans des abattoirs industriels au fin fond de la Bretagne, et que maintenant, on n’a plus le droit, on est donc, comme les loups, rejetés par les lapins et les mangeurs de choux-fleurs. Vous n’avez pas compris ? Moi non plus, c’est pas grave, parce que personne n’y comprend plus rien.

Ah oui, et puis, il y a eu aussi cette histoire de photomaton IA qu’Intermarché a abandonné aussi vite qu’ils avaient eu l’idée sous la pression des anti-IA, parce que l’IA, c’est mal, ça détruit la planète et ça vole le travail des créatifs qui ne devraient, en principe, qu’utiliser de la pâte à modeler ou du papier pour faire des animations (et encore, de la pâte à modeler bio, sinon, attention, aïe aïe aïe), parce que tout le reste, c’est de la technologie qui pollue la planète et détruit l’emploi.

Là non plus, vous n’avez pas compris ? Moi non plus, mais on s’en fiche, puisque le film a fait plus d’un milliard de vues et que maintenant Intermarché est une marque mondialement connue et reconnue et que les américains réclament à Donald Trump qu’on ouvre un supermarché Intermarché à côté de la Maison Blanche, parce que c’est « so french », même si notre pays appartient au tiers-monde désormais et est l’ennemi des US en devenant pas une démocratie illibérale comme eux (ça, c’est moi qui l’ai inventé, mais ça ne parait pas plus invraisemblable que tout le reste de l’histoire).

Là, non plus, je pense que vous avez du mal à me suivre, mais peu importe, la pub Intermarché m’a permis d’écrire un nouvel article sur elle qui me fera de l’audience (j’espère) et attirera un peu l’attention des quelques fourbes qui lisent Numerika.

Au final, les Mousquetaires nous auront offert un joli conte de Noël, dont on se souviendra dans les chaumières et surtout les écoles de communication, comme un bel exemple à suivre, si on veut se faire un peu de notoriété à la période des fêtes avant que tout le monde ne s’engraisse à coups de carottes farcies et de bûches de Noël au quinoa.

Joyeux Noël !

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