Dans la presse, il est toujours bon ton de brandir l’IA comme le méchant de l’histoire
Quand je vois un article de presse commencer par « L’IA met en danger le… », j’ai tendance à dresser l’oreille et à ouvrir bien grand les yeux. Rien de plus truand que ces articles qui mettent l’IA devant un peloton d’exécution avant qu’elle ait pu se défendre.
Tiens, comme par hasard, c’est exactement le cas avec « L’IA met en danger le modèle économique des médias, alerte une étude ».
D’abord « une étude ». Quelle étude ? Ça fait toujours bien de citer une étude, ça fait sérieux. Ah bah, si c’est une étude qui le dit, c’est que ça doit être vrai. L’étude est à la crédibilité, ce que la télé était à la radio dans les années 80.
À l’époque – j’aime bien mettre « à l’époque »… on ne sait jamais trop de quoi ni de quand on veut parler, mais ça t’a un petit relent de « c’était mieux avant » que personne n’ose contredire -, à l’époque donc, vous vous souvenez : les pubs qui vendaient des produits de m… dans les magazines ajoutaient souvent une petite pastille avec des bords dentelés dans laquelle on avait collé la formule magique « Vu à la TV », comme une sorte de sceau, de garantie officielle, qui prouvait justement que non, le produit n’était pas une m… puisque quelqu’un, on ne sait pas trop qui ni trop dans quelle émission, avait décidé d’en parler.
Quand la télé était la voix de Dieu
La télé, en ce temps là, à l’époque donc, c’était un peu la voix de Dieu ! Des gros tubes cathodiques obèses qui occupaient nos salons ne pouvait sortir que la vérité ultime, garantie sans pipeau et le terme fakenews n’existait même pas encore.
Quand on voit ce qu’est devenue la télé aujourd’hui, ça a bien changé.
Aujourd’hui, donc, ce sont les études qui font office de sceau et de garantie, même si on ne sait pas d’où elles sortent ou si elles n’ont pas de nom.
Bref, je n’étais pas du tout parti pour vous parler de ça, mais du reste de l’article dans lequel on apprend donc que l’IA pourrait bien tuer les médias, les pauvres qui n’ont rien fait, et que tout ça est vraiment très grave… et que les jeunes ne lisent plus la presse, etc.
Toujours se méfier de la presse quand elle parle d’IA
Bien sûr, je me suis douté d’un truc. A partir du moment où l’article ne tournait qu’autour de ça, je me suis demandé si vraiment l’étude disait ce qu’écrivait le Figaro.. et je suis donc parti la pêche aux moules.
Je vous rassure, je n’en ai pas eu pour plus de 5 minutes pour la retrouver, la télécharger et la faire résumer par Gemini. Et Ô surprise (non), on y fait bien mention de l’IA, mais pas exactement pour dire la même chose que le Figaro.
L’IA, menace et opportunité à la fois.
Alors oui, l’IA est bien une menace pour les médias, mais aussi une opportunité, figurez-vous. Les entreprises de médias, qui souffrent, l’utilisent déjà énormément pour écrire des articles, les relire, en faire des résumés, etc. Loin d’être uniquement un danger, l’IA est un outil pour rentrer dans la modernité.
Voici donc comment Gemini m’a résumé la chose :
Une menace pour l’accès direct à l’information et l’audience
L’IA redéfinit la manière dont les citoyens s’informent, ce qui fragilise le lien entre les éditeurs et leur public:
- Baisse de trafic : L’émergence d’outils comme « Google AI Overview » réduit le trafic vers les sites des médias (une baisse moyenne de 10 % est observée aux États-Unis, pouvant atteindre 25 %) car les réponses sont fournies directement par l’interface de recherche.
- Nouvelle porte d’entrée : L’IA devient une alternative aux méthodes traditionnelles de recherche d’information. En France, 7 % des internautes l’utilisent chaque semaine pour s’informer, un chiffre qui monte à 15 % chez les moins de 25 ans.
- Risques éditoriaux : La prolifération de contenus générés par l’IA augmente le risque de diffusion de fake news et brouille la frontière avec l’information vérifiée.
Un levier de productivité et de réduction des coûts
Face à la pression sur les marges, les médias intègrent massivement l’IA dans leurs rédactions pour gagner en efficacité:
- Automatisation des tâches : 80 % des médias utilisent déjà l’IA pour corriger des articles, créer des résumés ou effectuer des tâches de mise en page.
- Adaptation de formats : L’IA facilite la multidiffusion en créant automatiquement des versions audio d’articles (comme le fait Le Monde) ou en découpant des sujets vidéo pour les réseaux sociaux.
- Gains anticipés : Près de 75 % des médias prévoient des gains de productivité significatifs d’ici trois ans. Le rapport estime que ces gains pourraient atteindre 10 % dans les années à venir.
Les nouveaux enjeux financiers : Coûts et Revenus
L’intégration de l’IA pèse sur les budgets, mais ouvre aussi la voie à de nouvelles négociations:
- Investissements nécessaires : 74 % des médias supportent déjà des coûts liés à l’adoption de l’IA générative (formation, outils), bien qu’ils représentent encore moins de 2 % de leurs charges totales.
- Rémunération du corpus : Des accords stratégiques commencent à voir le jour pour que les éditeurs soient rémunérés par les entreprises d’IA qui utilisent leurs contenus pour entraîner leurs modèles. Le rapport cite l’accord entre Le Monde et OpenAI, ou encore les promesses de Perplexity de reverser une partie de ses recettes aux médias cités.
- Limites : Ces initiatives de rémunération restent pour l’instant limitées à quelques grands groupes et ne profitent pas encore à l’ensemble du secteur.
Moralité : ne jamais oublier que la presse aime vous faire peur
On est loin du mode panique à bord vaguement évoqué par le Figaro qui a cru bon, comme la plupart des médias en fait, dans une sorte de sarabande schizophrénique, utiliser l’IA pour mieux la dénoncer. C’est vraiment un monde de fous !


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