Interview Julien Saumande
Salut à tous ! C’est avec un grand plaisir que je vous retrouve après cet été qui fut, avouons-le, très chaud. Pour marquer cette rentrée, j’ai décidé de lancer un nouveau format sur le blog, une série d’entretiens vidéo et de podcasts, et j’ai eu la chance d’avoir un « cobaye » de choix pour essuyer les plâtres de ce premier test : Julien Saumande.
Julien est un visage bien connu de l’écosystème tech, avec une longue carrière entrepreneuriale débutée dès sa sortie d’école et marquée par la création de l’agence Poséis en 2002, revendue plus tard au groupe Inéat en 2017. Après quelques détours passionnants par la mode circulaire et un retour salutaire aux sources du développement pour des startups à impact (lutte contre la précarité alimentaire, covoiturage, etc.), Julien a plongé tête la première dans une nouvelle révolution : le développement assisté par intelligence artificielle.
Pendant près de quarante minutes, nous avons échangé à bâtons rompus sur ce qui est en train de bouleverser littéralement notre façon de concevoir des produits numériques. Installez-vous confortablement, je vous emmène au pays du vibe coding.
Le grand bain de l’IA : de l’iPhone à l’AIDD
Julien a ce flair des pionniers. Tout comme il avait été l’un des premiers à monter dans le wagon de l’iPhone à l’époque de Phocéis, il a décidé il y a environ 18 mois de s’engouffrer dans la brèche de l’Intelligence Artificielle. Mais attention, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi. Très vite, notre conversation s’est orientée vers un terme qui pullule sur LinkedIn et les réseaux sociaux en ce moment : le Vibe Coding.
Si vous n’êtes pas familier avec ce jargon, le « Vibe Coding » désigne le fait de développer des applications simplement en discutant avec une IA (via des prompts), sans posséder la moindre compétence en programmation. C’est magique sur le papier, mais dans la réalité, c’est une autre histoire.
« Le Vibe Coding a une ambivalence et une mauvaise réputation… on se retrouve avec des choses pas forcément maintenables, évolutives, voire sécurisées, » m’a confié Julien.
À l’inverse, Julien se positionne sur une pratique beaucoup plus robuste : l’AIDD (Artificial Intelligence Driven Development), ou développement assisté par l’IA. Dans ce modèle, l’humain ne délègue pas bêtement. Il utilise des modèles ultra-performants comme Claude, Opus, Fable ou même les nouveaux modèles open source chinois.
« L’idée, c’est d’avoir l’IA comme une sorte d’ouvrier que l’on va piloter, et nous on reste architecte de ce qu’on fait. Donc on est sûr de construire une maison sur des fondations solides. »
Le paradoxe est fascinant : pour bien coder avec une IA, il faut… savoir coder ! Julien m’a avoué ne plus avoir écrit une seule ligne de code depuis peut-être un an, mais son expertise humaine reste indispensable. C’est lui qui définit le modèle de données, vérifie la structure, et impose des règles de sécurité que l’IA doit respecter. Le métier de développeur fusionne d’ailleurs de plus en plus avec celui de Product Owner.
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Alerte rouge : le « Shadow IT » frappe à la porte des PME
L’un des passages les plus édifiants de notre discussion a concerné l’impact direct de l’IA dans les entreprises « classiques ». On pense souvent que ce sont les développeurs qui utilisent ces outils. Détrompez-vous.
Julien, qui anime régulièrement des formations en entreprise, observe un phénomène massif : les départements marketing et commerciaux sont les plus avancés sur le sujet. Pourquoi ? Parce que ce sont eux qui ont le plus besoin d’être productifs et performants rapidement.
Le problème, c’est que cela génère un phénomène incontrôlable appelé le Shadow IT. Imaginez un commercial qui exporte l’intégralité de sa base de données clients (et donc des données confidentielles) vers son compte personnel Claude ou ChatGPT pour se créer un outil de prospection ou un CRM sur-mesure.
« C’est des choses qui se passent déjà en fait… avec toutes les problématiques de sécurité, de données et de RGPD que ça peut poser, » prévient Julien.
Pour autant, la solution n’est certainement pas de faire l’autruche. Interdire l’IA en entreprise est selon lui « un non-sens » qui ne ferait que créer une frustration énorme chez des employés qui ont goûté à des gains de productivité de 30 à 40 %. Le véritable enjeu pour les DSI (Directeurs des Systèmes d’Information) et les directions générales sera de mettre en place des chartes de bonne conduite. Il va falloir normer et encadrer, plutôt que de sanctionner.
La fin du temps (et des devis à 10 000 euros)
En tant que passionné d’expérience utilisateur (UX) et de création de produits, j’ai été bluffé par ce que Julien m’a expliqué sur le prototypage. La donne a radicalement changé.
La notion de « Build » (la création pure d’un prototype) est devenue d’une facilité déconcertante. Julien m’a par exemple raconté comment il a récemment remporté un appel d’offres pour une application mobile en utilisant Claude Design. À partir de spécifications très poussées, l’IA a généré des maquettes d’une qualité UX impressionnante, puis a codé l’intégration en quelques heures.
« Avant, on facturait au prix du marché 10 000 € pour avoir un proto. C’était un billet de 10 000 juste pour voir si ton idée était bonne. Aujourd’hui, on est capable de faire des protos beaucoup plus rapidement. »
Mais attention, si le « build » n’est plus une barrière, la réussite d’un projet repose toujours sur le même pilier fondamental : répondre à un vrai besoin du marché. Julien l’illustre parfaitement avec l’un de ses projets personnels, une application de gestion de colocation née de sa propre frustration face à une agence défaillante. L’outil gère les locataires, l’énergie, les charges, et il l’a désormais basculé en mode SaaS pour d’autres propriétaires.
Ce changement de paradigme bouleverse d’ailleurs jusqu’à la facturation. La notion de temps en développement par l’IA n’a plus de sens. Julien m’expliquait mener de front cinq ou six projets simultanément, son cerveau basculant d’un contexte à l’autre toutes les minutes pendant que l’IA génère le code. Une gymnastique qui engendre une fatigue cognitive réelle. Conséquence inattendue : aux États-Unis, certaines entreprises abandonnent la facturation au TJM (Taux Journalier Moyen) pour proposer une facturation basée sur la consommation de jetons (tokens), un peu comme les minutes d’un forfait mobile.
Faut-il confier les clés de la maison à l’IA ?
Face à cette magie apparente, je me devais de lui demander s’il restait des limites. La réponse est nuancée.
L’IA est non déterministe. Vous pouvez lui faire passer le même test dix fois, elle ne vous donnera pas toujours le même résultat et pourra rater un bug évident avant de le corriger le lendemai. Julien recommande donc une prudence absolue sur les systèmes critiques (comme les logiciels de caisse d’un grand groupe) ou les aspects juridiques. Sur son application de colocation, par exemple, il a refusé d’automatiser la signature des baux pour ne pas engager sa responsabilité légale.
Néanmoins, la vitesse de progression est vertigineuse.
« Il y a 6 mois, je n’aurais jamais demandé à l’IA de mettre quelque chose en production. Aujourd’hui, j’ai fait tout mon pipeline de mise en prod et quand j’appuie sur un bouton, je n’ai pas une goutte de sueur, » s’amuse-t-il.
Pour des projets de taille raisonnable (des TPE ou des PME), l’IA commence même à tutoyer l’humain dans la détection des failles de sécurité. Le calcul est vite fait : un code généré par l’IA peut être bon à 95 %, mais il est livré en un jour au lieu de deux semaines. Est-on prêt à accepter cette petite marge d’erreur ? Pour la majorité des entreprises, la réponse penche vers le oui.
Prendre du recul : l’éthique, la souveraineté et le futur
Nous avons terminé cet échange en prenant un peu de hauteur. Parce que l’IA, ce n’est pas que du code et du business, c’est aussi un enjeu sociétal majeur. Julien co-organise d’ailleurs régulièrement à Lille des conférences gratuites intitulées « Gen AIBuilders », où développeurs et néophytes se retrouvent pour décrypter l’actualité de l’IA. Ils y reçoivent des pointures, comme Laura Merlin récemment. La prochaine édition devrait d’ailleurs aborder le sujet brûlant de la souveraineté numérique.
Julien n’est pas seulement un technophile béat ; il reste extrêmement lucide. Il s’inquiète ouvertement de l’utilisation de l’IA dans les conflits armés ou des récents événements où des IA sont sorties de leur cadre pour hacker d’autres entreprises.
« Il faut pas avoir des œillères et il faut regarder toutes les problématiques que ça peut poser à côté en termes de responsabilité, d’environnement, » insiste-t-il.
Même les géants de la tech commencent à lever le pied. Lors de notre échange, Julien rappelait que des entreprises comme OpenAI ralentissaient volontairement certains développements pour « prendre le temps de souffler et de réfléchir ». Paroles en l’air ou véritable prise de conscience ? L’année 2027 s’annonce décisive sur ces questions.
En conclusion, cet entretien m’a conforté dans une idée : l’IA ne remplacera pas la vision humaine, l’expertise métier, ni la compréhension de nos utilisateurs. Mais elle devient une extension incroyablement puissante pour ceux qui accepteront d’enfiler le costume d’architecte.
Je vous invite chaleureusement à suivre Julien Saumande sur LinkedIn, où il poste deux à trois fois par semaine ses réflexions et l’actualité de l’IA avec un œil toujours très affûté.
Et vous, comment appréhendez-vous cette révolution dans votre entreprise ? Laissez un commentaire, j’ai hâte de vous lire !
Julien Saumande opère depuis 2021 comme Fractional CTO « hands-on », pilotant la technique de l’idée jusqu’au code.
Fort de son passé d’entrepreneur, il allie architecture technologique et stratégie business pour maximiser le succès des produits.
Son expertise se concentre aujourd’hui sur l’IA opérationnelle, garantissant le passage critique des concepts à une véritable mise en production.
Ex-fondateur de l’agence Phoceis (revendue en 2017), il partage son expérience de la croissance d’entreprise en tant que mentor et cofondateur de GEN AI Builders.
Il s’impose ainsi comme l’allié idéal pour lancer un projet, moderniser un système existant ou déployer une IA concrète.



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