L’avenir de l’IA et de l’entrepreneuriat selon Arthur Mensch
Dans une conférence captivante donnée à l’École polytechnique, Arthur Mensch, cofondateur et CEO de Mistral AI, a partagé sa vision sur l’intelligence artificielle, l’entrepreneuriat, et les défis que ces domaines posent à la prochaine génération d’ingénieurs. Cet article retrace les points clés de son intervention, de l’évolution du métier d’ingénieur aux enjeux de souveraineté technologique, en passant par les réalités de l’entrepreneuriat.
Partie 1 : la science et l’évolution du métier d’ingénieur
La commoditisation du métier de développeur
Arthur Mensch a commencé par souligner un changement profond : la « commoditisation » du métier de développeur. Les ingénieurs formés il y a une dizaine d’années ont réussi à systématiser et automatiser une grande partie de leurs tâches, notamment grâce à l’essor de l’IA. Aujourd’hui, les systèmes d’IA remplacent et effectuent ces tâches de mieux en mieux, avec une capacité d’automatisation qui double environ tous les six mois. Cela implique une évolution majeure pour les professions d’ingénieurs, en particulier pour les développeurs logiciels.
Le nouveau paradigme du logiciel
Le paradigme du développement logiciel a radicalement changé. Il y a dix ans, l’essentiel était d’écrire du code. Aujourd’hui, le défi majeur est d’identifier les problèmes à résoudre. Les modèles de texte peuvent générer des applications, les faire fonctionner, interagir avec les utilisateurs et même déterminer quel système mettre en place. Ce changement abaisse considérablement la barrière à l’entrée pour créer des logiciels.
Le défi de l’éducation et de l’apprentissage
L’éducation doit relever un triple défi : apprendre à se passer de l’IA pour comprendre les bases, apprendre à utiliser l’IA, et savoir fonctionner complètement sans elle. Le travail manuel et sans ordinateur reste essentiel pour la mémorisation, l’apprentissage et le développement des capacités de raisonnement.
Trois directions pour votre carrière
Arthur Mensch a identifié trois directions potentielles pour les futurs ingénieurs :
- Travailler pour l’IA : Développer des systèmes d’IA qui comprennent mieux les humains, les interactions physiques ou les biotechnologies. Les opportunités se trouvent aux intersections des disciplines (santé, climat…).
- Travailler avec l’IA : Transformer les entreprises et les services publics grâce à l’IA pour gagner en productivité et en qualité de service.
- Travailler sans l’IA : Se concentrer sur des sujets qui ne seront pas résolus par l’IA, notamment dans les métiers du contact et du soin. Arthur Mensch ne croit pas au « technosolutionnisme » et souligne que l’IA ne résoudra pas tous les problèmes du monde.
Partie 2 : la patrie, souveraineté et régulation
Le risque de dépendance et de colonisation technologique
L’intelligence artificielle est un sujet de souveraineté dans trois domaines clés :
- Industriel : Importer massivement cette technologie de pays dont l’alignement stratégique est incertain pose un problème.
- Militaire : L’IA est une technologie à usage dual, utilisable pour automatiser des systèmes militaires. L’Europe doit développer ses propres systèmes autonomes pour maintenir un effet de dissuasion.
- Influence : Les systèmes d’IA et conversationnels sont les nouveaux portails d’accès à l’information. Un monopole sur ces systèmes donnerait un pouvoir de contrôle de la pensée excessif et incompatible avec la démocratie. Il faut donc une alternative européenne.
Guerre commerciale et influence
Arthur Mensch insiste sur le fait que l’Europe peut être un continent puissant si elle le souhaite, en refusant les récits de déclin et en investissant dans sa propre souveraineté technologique.
Partie 3 : la gloire (et les réalités de l’entrepreneuriat)
Le choix de la thèse et de la carrière
Arthur Mensch recommande vivement de faire une thèse. C’est une excellente préparation à l’entrepreneuriat, car on y apprend à mener des projets à bien, à persévérer et à surmonter les difficultés. Il rappelle que le métier d’entrepreneur, c’est 90 % de galère et 10 % de succès.
L’évolution du rôle de fondateur
Le rôle du fondateur évolue rapidement. Au début, il faut être technique, mais très vite, il devient essentiel de savoir s’entourer d’une équipe compétente. Le métier de CEO ou CTO devient moins technique et davantage axé sur l’organisation, les relations extérieures et la vente.
L’importance de la vente
La vente est la tâche la plus importante pour un entrepreneur. C’est elle qui génère du revenu et permet à l’entreprise de croître. Il faut être capable d’itérer si les ventes ne fonctionnent pas, et accepter les critiques des clients et des investisseurs. La résilience est essentielle pour surmonter les difficultés.
Conclusion
Le parcours de Mistral AI illustre le passage d’un sujet de recherche à une entreprise industrielle et commerciale. Les compétences qui étaient importantes au début doivent être déléguées au fur et à mesure de la croissance. C’est un apprentissage difficile, mais aussi extrêmement passionnant.



Laisser un commentaire