On nous parle de la mort des Saas, de la mort du business model des apps, de la mort des agences, de la mort des ESN, de la mort de tout, mais on nous parle rarement des nouveaux business models qui pourraient émerger grâce à l’IA générative.
Je suis tombé sur un post intéressant (que vous pouvez lire ici) qui tente de définir quels nouveaux types d’entreprises pourraient émerger dans les années à venir. Eh oui, car, comme à chaque révolution technologique, émergent des nouveaux types de business qu’on aurait pas pu imaginer avant.
Vous connaissez peut-être ma page sur les nouveaux métiers de l’IA (un peu sarcastique, je le reconnais). Voici celle des futurs business model engendrés par l’IA, largement inspiré par le post cité plus haut.
Entreprise unipersonelle de service
Un modèle largement plébiscité
Le premier modèle cité est celui des entreprises de service unipersonelles à l’échelle de l’entreprise. Si vous suivez ardemment Numerika, vous savez de quoi je parle, et vous connaissez mon opinion sur le sujet. J’ai un peu du mal à y croire.
L’entreprise unipersonelle de service, c’est un peu le service en Saas du futur, mais au lieu d’avoir des dizaines d’employés pour faire tourner l’entreprise, vous n’en avez plus qu’un, vous. Vous êtes le patron, le développeur, le marketeur, le responsable de la relation client, le comptable, etc. Avec vous, vous avez des agents IA, qui sont comme vos employés et exécutent le boulot.
Mais qui se heurte à certains principes de réalité
Une personne seule ne peut avoir toutes les compétences d’une entreprise en elle même
Parfait, mais je trouve que ce schéma se heurte à pas mal de principes de réalité. Le premier étant que nous ne sommes pas bon partout. Une personne seule ne peut pas avoir le même niveau de compétences dans tous les domaines. C’est non seulement très rare, mais surtout très difficile à vivre mentalement : imaginez votre journée à passer à résoudre des problèmes très différents les un des autres, seuls, sans avoir de comparse pour partager vos doutes, vos réflexions. Mais plus encore, sans avoir réellement les compétences dans tous les domaines que vous abordez.
Une charge mentale qui serait insupportable
Le deuxième point de blocage qui m’apparait évident, c’est que ce modèle ne tient pas compte du temps que l’on peut passer à gérer les agents. Si vous l’avez déjà fait, vous avez du vous rendre compte que « manager » des agents est extrêmement phagocyteur de temps. Les agents se trompent, les agents partent dans toutes les directions, les agents ne sont pas toujours très obéissant.
Je pense qu’une bonne part de nos métiers à l’avenir consistera d’ailleurs à travailler avec ces agents, et cela nous prendra énormément de temps. Je vois donc mal, (et comme j’ai été entrepreneur, je sais de quoi je parle) comment des personnes seules pourront gérer la charge mentale de tous ces métiers plus la surveillance des agents. Cela me semble totalement impossible.
Micro-agences propulsées par l’IA
Le poids des RH dans les agences en fait des cibles de choix pour le remplacement par des IA
J’ai trouvé plus intéressant, la deuxième proposition, celle qui remet en question le rôle des agences dans l’écosystème numérique. Je suis d’accord sur une chose : aujourd’hui, les agences sont extrêmement chères en personnel, sont très difficile à manager, sont très fragiles économiquement, et ont du mal à produire de la qualité sans personnel hautement qualifié.
C’est vraiment un fait que j’ai pu vérifier au cours des dernières années.
L’IA, dans ce domaine, pourrait effectivement changer la donne, un petit peu. Beaucoup de tâches en agence pourraient effectivement être effectuées par des agents. Tâches d’abattage qu’on avait l’habitude de confier aux stagiaires, aux alternants ou aux jeunes entrants dans le monde du travail.
L’IA, dans les agences, soulève à nouveau le problème des jeunes entrants sur le marché du travail
Ici, nous sommes face à un problème éthique, mais que les réalités économiques règleront dans doute rapidement.
On le voit. Ce changement impactera fortement l’accès à l’emploi des jeunes : ce qui est un gros problème, il faut bien le reconnaître… mais, à priori, toutes les tâches qui pouvaient être effectués par des gens sont compétences seront faites par des IA désormais… du moins en grande partie, et sans compter le temps de supervision, qui sera forcément assuré par des gens avec de l’expérience.
Pour les petites agences, la possibilité d’atteindre le niveau de qualité des grandes agences sans embaucher des stars
Mais plus que cela, les IA et leurs nouvelles possibilités créatives bouleverseront les métiers des agences en leur donnant des capacités de production et de qualité de production qu’elles n’avaient pas.
Aujourd’hui, vous n’avez plus besoin d’être forcément le meilleur exécutant pour produire quelque chose de créatif, vous avez besoin d’avoir le meilleur œil, le meilleur goût. C’est le fameux même qui circule en ce moment sur les réseaux sociaux. « Qu’est-ce qui sera la compétences la plus importante à l’avenir, demande-t-on à un producteur de musique californien, réputé pour son manque de travail et sa réussite en même temps? » « Mon bon goût, répond-t-il sans rire… et il a raison ! D’une certaine manière.

L’œil, la culture, la connaissance, supplés par l’IA, permettront à des petites agences n’ayant pas forcément toutes les compétences de création de parvenir à proposer aussi bien que les grandes agences. ET c’est d’ailleurs quelque chose que l’on voit déjà à l’œuvre dans la création de petits films ou publicité avec l’IA générative. Une personne seule peut déjà faire une pub à un million d’euros de budget, avec la même qualité, pour 100 fois moins du prix.
Automatisation-as-a-Service pour les petites entreprises
J’aime bien ce point et je le rejoins peut-être entièrement.
Le futur du saas pourrait bien être le saas unique personnalisé pour chaque client
Aujourd’hui, pour des raisons de coûts, beaucoup de choses ne sont pas développées, et laissent démunies de nombreuses entreprises, qui auraient besoin de micro-services ou des micro-développements, qui leurs seraient bien utile, mais qu’elles n’ont pas la capacité interne de créer.
Le vibe coding pourraient entraîner le développement et l’expansion d’entreprises proposant le développement en Saas de micro-services hyperspécialisés et hyperpersonnalisés pour des besoins précis dans des marché de niche. Le microsaas en quelque sorte. Quasiment infaisable sans puissance de codage comme celle dont on commence à profiter aujourd’hui.
La fonctionnalité comme service, plutôt que le logiciel comme service
Le microsaas, ce sont des dizaines de fonctionnalités, distribuées comme des ressources extérieures à l’entreprise, parfaitement calibrées pour elle, mais maintenues de l’extérieur, et différentes pour chaque entreprise. C’est le saas ultime : personnalisable à foison, ayant des milliers de clients, mais chaque client n’a accès qu’à la fonction dont il a besoin.
Consulting IA productisé
Les métiers de conseils, à partir du moment où ils se contentent de compiler des données et de faire des rapports vont voir leurs plus-value disparaître peu à peu. On pense souvent au droit quand il s’agit de cela, mais il peut aussi y avoir l’analyse de marché, l’analyse d’entreprises, etc.
Les cabinets de conseils auront tout intérêt à déléguer une partie de leur travail aux IA
Aujourd’hui, l’IA peut franchement faire très facilement une bonne partie de ces tâches, et souvent bien mieux que des professionnels eux mêmes, et surtout bien plus rapidement pour des coûts bien moins élevés.
C’est sans doute le changement de paradigme le plus évident : toutes les entreprises de conseils devraient désormais offrir des plateformes d’informations basées sur l’IA et leurs propres données internes ‘(pas celles du marché) pour proposer des services de conseils standardisés à bas coût.
Cela semble assez évident, tans dans ces métiers on répète souvent la même chose, comme si c’était la première fois.
L’intérêt pour elles seraient ensuite d’être capable de proposer du conseil humain à forte valeur ajouté capable de se concentrer sur les problématiques les plus complexes et les plus « hors du commun ».
On aurait :
- L’avocat assisté par IA
- Le médecins assisté par IA
- L’expert juridique assisté par IA
Et même pourquoi pas des métiers « manuels » où le conseil peut avoir une véritable valeur tant qu’il est certifié par un véritable sceau de confiance et une réputation irréprochable.
Conclusion : des évolutions encore difficile à cerner, mais une période propice à l’expérimentation
Je ne sais pas si mon article vous a quelque peu éclairé ou s’il vous a semblé juste. Je suis complètement ouvert à la critique et ce n’est qu’une rapide réflexion.
Je ne sais pas si les modèles qu’on peut imaginer aujourd’hui se réaliseront réellement. Nul ne peut prévoir l’avenir, mais une chose est certaine, les choses sont en train de changer, et il y a très certainement des opportunités actuellement pour créer des nouveaux types de service comme on a pu le voir tout au long de l’histoire du numérique.
L’histoire du digital, depuis 30 ans est émaillé d’innovation qui ont disrupté les marchés
Je me souvient des places de marché, de Uber, de AirBNB, de l’appstore, et de nombreuses manières innovantes de rendre des services entre les gens et les entreprises qu’on avait pas pu imaginer.
Mais, comme je le dis toujours, ce ne sont pas les idées qui vont les concrétiser, c’est l’action, le temps, la recherche patiente et l’acceptation d’échecs répétitifs, jusqu’à trouver la bonne formule.
Les gagnants de la transformation seront les plus acharnés, pas les plus créatifs
Les gagnants et les créateurs de business models ne sont pas les plus originaux, ce sont sont qui ont la patience et la persévérance pour durer et affronter les obstacles. Il n’y a pas forcément beaucoup de génie chez ceux qui réussissent, mais plutôt une force et une capacité à mettre en œuvre la réalité avec une bonne dose de hargne, et, si possible, des réserves d’argent ! Car sans argent sur le long terme, difficile de faire survivre une entreprise innovante.

