Pourquoi avons-nous peur de l’IA, et, dans le même temps, pourquoi sommes-nous fascinés par elle ? Jamais, depuis longtemps, une technologie n’avait soulevé autant de craintes. Je ne me souviens pas que les réseaux sociaux aient déclenché cela. Je ne me souviens pas qu’Internet ait déclenché cela. Que le mobile ait déclenché cela. Peut-être est-ce parce que cette fois-ci, on parle d’une technologie qui peut réellement faire des jobs à notre place (dans une certaine mesure, il ne faut rien exagérer).
Block : le plan social qui annonce l’apocalypse ?
Dernier avatar en date de cette peur, l’annonce de licenciements massifs chez Block, l’entreprise de Jack Dorsey, fondateur de Twitter, sous prétexte d’IA. C’est en tout cas ce qu’il a dit aux médias. 4000 personnes sacrifiées sur l’autel du progrès technologique et pour une raison simple, les équipes de Block n’étaient pas assez productive, l’IA les a rendu inutiles et leur a fait perdre leur job pour une partie d’entre eux, ce qui est assez ironique.
Beaucoup y voient un large signe, une confirmation de ce que l’IA va nous faire, des changements qu’elle va induire, et se voient confortés dans leur vision apocalyptique de l’IA.
Goose : l’agent IA tueur de salariés
D’après Jack Dorsey, toujours, le mal (ou le bien, c’est selon le point de vue) serait venu du développement interne d’un agent IA, appellé Goose, et qui aurait fait littéralement gagner 10h à chaque salarié de l’entreprise (lire ce post, à ce propos, sur les causes de ce plan). Le calcul est vite fait. 10h, c’est à peu près 20% de temps hebdomadaire en plus à faire autre chose (à priori, rien, si on suit la logique de Dorsey), donc exit, out, dehors, allez « ne rien faire » ailleurs.
20% de temps gagné = 40% de licenciements
Or 4000 salariés, c’est 40% des effectifs. Mais Jack Dorsey l’affirme : c’est pour anticiper la suite et les gains de productivité à venir. Il a franchement coupé dans le vif, sans état d’âme, pour le bien de l’avenir de sa société, qui pourtant, gagne encore de l’argent. Qu’une société gagne de l’argent et licencie, ce n’est pas nouveau. Il y a souvent un décalage dans le temps entre les bénéfices d’une entreprise et les licenciements. Quand ça arrive, c’est souvent par anticipation.

Un exemple à prendre avec des pincettes
Jack jette un sacré pavé dans la mare, mais je ne suis pas sûr que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Les calculs trop simples devraient toujours éveiller la méfiance, et puis surtout, il y a un manque de logique dans cette histoire. Pourquoi licencier au lieu d’innover ? Pourquoi le temps gagné n’a pas été utilisé à cela ? Ou à améliorer la qualité du service ?
Trop de réponses faciles à un problème complexe
Beaucoup de questions demeurent, mais on ne peut pas y voir un signe inquiétant du futur, même si, c’est « Jack Dorsey » et que l’homme aime bien attirer l’attention des médias, et que, dans les vagues de licenciements récentes dans la tech, l’IA a souvent joué le rôle de bouc émissaire pour les investisseurs. N’est-ce pas exactement ce que disait Sam Altman la semaine dernière en Inde. Pour lui, l’IA n’est souvent qu’un prétexte à faire le ménage et à accroitre la rentabilité, mais elle n’est pas LA cause des licenciements.
Aucun argument raisonné ne convaincra les doomers
Je sais bien que je ne convaincrai pas les « doomers » de l’IA en écrivant tout ça, mais je trouve tout même important de ne pas prendre un évènement comme le signe avant-coureur d’une catastrophe générale. D’autant plus que… les chiffres ont tendance à ne pas raconter la même histoire.
Dans la tech US, les embauches repartent à la hausse
Les embauches dans la tech, par exemple, semblent, à l’inverse, partir à la hausse. Le chiffre vient de chez Indeed, un des plus gros site de recrutement au monde. Les annonces de recrutement de développeurs explose depuis quelques mois. Là aussi, on peut y voir, si on veut, un autre signe avant-coureur complètement contre-intuitif. Alors qu’une majorité prédit la mort du métier de développeur, les entreprises en embauchent encore plus.
Décalage dans le temps ou véritable signe annonciateur ?

Et, en même temps, on continue à produire du code de façon astronomique
Il est vrai que l’humanité n’a jamais produit autant de code depuis l’invention de Claude Code. C’est une explosion générale d’apps et de nouveaux software dans les dépôt Github et il est difficile de ne pas la relier à l’usage des agent IA de codage. Question : que va-t-on faire de tout ce code si le marché n’est pas prêt à l’absorber ? Cela ressemble à un embouteillage, qui, lui aussi, pour l’instant, ne se traduit pas dans les courbes. Il n’y a pas de crise aujourd’hui de l’industrie du logiciel.
La crise n’est peut-être pas là où on l’attend
Et, tiens, puisqu’on est dans les courbes, en voilà une autre, intéressante : celle de la construction des data-centers. Les investissements consacrés pour les bâtir dépassent ceux de la construction de bureaux. Chiffre intéressant qui traduit bien toute l’énergie qui est mise par les géants de la tech dans leur construction (ding ding, Sam Altman vient d’ailleurs de réaliser la plus grosse levée de fond de toute l’histoire : 100 milliards de dollars, pour construire, devinez-quoi ????).
Des métiers hors de la tech pourraient bien profiter de tout cela
Un chiffre intéressant qui masque une impossibilité : où va-t-on trouver les gens pour construire ces data-centers ? Eh bien, nulle part, mes amis, puisqu’ils n’existent pas. C’est ce que relevait le New-York Times (voir mon article là dessus) : c’est bien gentil de construire des data-centers, or il faut des gens pour ça (pas des robots), et ces gens là n’ont pas été formés, puisque depuis des années, on préfère former des cols blancs dont on va tuer (soi-disant) l’emploi grâce à l’IA qui va être produite grâce aux datas center qui…. qui… qui… enfin, vous voyez le problème… Tout n’est pas si simple, et ce n’est pas parce qu’on injecte 100 milliards quelque part qu’ils vont vraiment être utilisés.

Quand la peur fait tourner les réseaux sociaux
Bien, mais outre l’annonce fracassante de cet incroyable levée de fond, qu’est-ce qu’il fallait encore retenir cette semaine des nouvelles du front ? Evidemment, cet article, qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux, et qui annonçait, avec de nombreux arguments à l’appui, que nous allions droit à la crise, et que l’IA allait elle même dévorer ses enfants et détruire le marché. L’analyse a beaucoup tourné, ce qui montre le niveau d’inquiétude des gens (et pas qu’en France, contrairement à ce que pourraient affirmer certains consultants qui font des podcasts aux US en nous balançant à longueur d’épisode combien les européens sont des niais et les américains des génies. ah ah ah).
Oui, quand les gens sont inquiets, ils sont prêts toujours à écouter n’importe quelle fadaise, surtout si elle alimente leur machine à flipper, qui est un bon moyen de leur faire perdre leur bon sens.
Semer la peur fait récolter de la notoriété
L’exercice de pensée a été assez vite démontée par les spécialistes en économie qu’un système ne fonctionne jamais en vase clos et qu’il existe des externalités qui finissent toujours par interférer avec un évènement économique, et qu’on ne peut pas tout simplement dire que plus il y aura d’IA, moins il y aura de consommateurs pour acheter de l’IA, parce que tout simplement, ça ne marche pas comme ça, et que si la consommation baisse, des actions correctives seront prises par le marché, et que tout ne sera passera pas comme le plan, jamais… si on était capable de prévoir les crises, ça saurait.
Conclusion : keep going et n’ayez pas peur
Tout ça pour vous dire que la semaine a encore été riche en émotions… que je vous parle de moins en moins du concret, et de plus en plus d’économie, ce qui me passionne, mais que je crois surtout une chose : keep going ! Continuez à jouer avec l’IA et à inventer des choses avec. Nous sommes réellement en train de vivre un grand moment de transformation qu’il n’est pas possible d’éviter ou d’essayer de freiner par des réglementations.
Emparons-nous de cette technologie, apprenons à en faire de belles choses, et nous serons heureux, tout simplement.


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