Le début d’un pillage en règle
Vous avez sans doute vu passer ça : 4000 comédiens français réclament une réglementation sur l’IA.
En cause ? L’utilisation abusive de leur voix, de leur image, sans autorisation, sans prévenir.
Exemple : le doublage du dernier film de Sylvester Stalone où la voix de l’acteur américain avait été doublée par sa doublure originale, Alain Dorval, sauf que… eh bien, Mr Dorval ne faisait plus partie de notre monde au moment du doublage. Bien sûr, personne, ne semble-t-il, n’avait pris le soin de consulter les ayant-droits à ce sujet… un vol, en quelque sorte… la voix du comédien français étant tellement caractéristique qu’elle avait fait en grande partie le succès de Sylvester Stallone au fil de ses succès.
Un signal d’alarme plutôt qu’une résistance
C’est contre cela que s’élève ces 4000 comédiens, et pas que des comédiens de seconde zone, puisqu’on retrouve dans la liste : Gérard Jugnot, Franck Dubosc et José Garcia, ainsi que les actrices Léa Drucker, Élodie Bouchez et Karine Viard, et bien d’autres donc…
Un signal d’alarme qui montre le vent de panique qui traverse le monde de l’audiovisuel actuellement et dont l’origine se trouve dans la nouvelle mise à jour de l’algorithme Seadance 2.0 (évoqué ici), mais qui a réellement secoué toute la planète. Plusieurs démos montraient des scènes avec des célébrités, dont Brad Pitt et tom Cruise dans un combat épique, probablement produit en quelques minutes, et n’ayant coûté que la sueur des doigts à taper sur le clavier et quelques tokens. Oui, mais, et alors, me direz-vous ?
Les progrès sont tels qu’ils sont inéluctables
Et alors, le réalisme de la scène était si incroyable et la ressemblance avec les vrais Brad Pitt et Tom Cruise si totale que, pour la première fois, tout le monde a réalisé qu’on venait de basculer dans un autre univers, une autre réalité, où le comédien en chair et en os pourrait bien n’avoir plus qu’à jouer les modèles de mensuration pour tourner des films où ils ne joueraient pas.
La mort des acteurs et des actrices ?
Ce serait dommage et c’est évidemment plus compliqué que ça, mais un changement des règles du jeu, ça, c’est certain. On ne se trompera certainement pas en affirmant que les prochains films à sortir de la machine à produire du rêve d’Hollywood, se passera en grande partie du temps des comédiens pour faire jouer leurs avatars et que cela coûtera nettement moins cher que les montagnes de billets que les producteurs doivent faire surgir actuellement de leurs comptes en banque pour se payer les stars les plus bankables du marché.
Et ne croyez pas qu’on parle des star de seconde zone ou des comédiens sur le retour, mais bien de la fine fleur du business, de ceux qui sont capables, rien qu’en mettant leur nom à l’affiche d’un film, de faire cracher au marché plusieurs dizaines de millions de dollars.
Panique ou pas panique ?
Alors, on comprend mieux la panique qui saisit nos compatriotes comédiens, qui n’ont sans doute pas l’aura des monstres sacrés de la cote ouest californienne, mais s’inquiètent justement de ce que pourrait devenir leur métier dans les années à venir.
Ne seront-ils plus que des enveloppes que les producteurs pourront utiliser à foison moyennant des droits ? Ou pourront-ils continuer à exercer leur métier comme ils l’ont toujours fait, en exprimant tout leur talent, et toute la palette des émotions et sentiments qu’à mon avis, seul un vrai humain est capable d’exprimer ?
Accepter l’IA, mais ne pas la subir
La question, en sous main, dans cette révolte, n’est pas tant de renier l’IA, mais d’adapter le marché du travail dans le monde du cinéma et de la télévision pour ne pas léser ce qui constitue quand même la premier source de richesse : les comédiens.
Et ils peuvent s’inquiéter à juste tort : les progrès de la réalisation de film IA ont pris une telle vitesse et ont atteint un tel niveau de qualité, qu’il y a de quoi être choqué (oui, choqué, comme quand on est « trop choqué », quoi !). Et à se demander quel peut être son avenir si demain les acteurs et les actrices deviennent une commodité interchangeable, facile à fabriquer, peu onéreuse et tout aussi efficace que les machines humaines ?
Une inquiétude exagérée ?
Cela peut paraître utopique ou prématurément exagéré, je n’en ai vraiment pas l’impression.
In fine, cela pose la question à laquelle peut-être beaucoup d’entre nous risquent d’être confrontés dans les mois ou les année qui arrivent : qu’allons-nous devenir, si nous sommes remplacés par des IA ?
Là non plus, les choses ne sont pas si simples : les IA sont loin de pouvoir faire le quart du dixième de ce que peut faire un humain dans la plupart des jobs, mais dans certains secteurs, ça n’est pas le cas : traduction, doublage, illustration, photographique. La tempête souffle fort et rare sont ceu qui arriveront à faire leur métier comme avant. Seuls, sans doute, les plus doués et les meilleurs parviendront à résister et à garder leur place. Mais combien ? C’est là toute la question.
La question n’est pas si ça va arriver, mais comment ça va arriver
La vitesse de transformation est un facteur essentiel dans cette histoire d’IA. Ce n’est pas une question de transformation. Nous sommes habitués à ce que les nouvelles technologies changent les compétences et le marché du travail… cela se fait naturellement, si je puis dire, mais parfois, et même souvent, cela se fait avec une telle violence que c’est insupportable pour ceux qui la subissent, et c’est n’est la peine de sortir l’argument usé jusqu’à la corde de la destruction créatrice.
Nous savons tous que le progrès entraîne la transformation de nos sociétés. La vraie question, c’est à quelle vitesse. Et dans le cas de l’IA, elle semble particulièrement véloce. Les changements ont l’air très brutaux et ne laissent pas aux gens le temps de se retourner.
« Si ça leur arrive, c’est parce qu’ils l’ont mérité »
J’ai vu pas mal de commentaire haineux vis à vis des comédiens français… « subventionnés », « trop intellos », etc… on peut effectivement leur ressortir toutes les tares de leur milieu si spécifique, mais auriez-vous la même réaction si cela vous concernait, vous ? Diriez-vous que vous avez de toute façon bien profité d’un système, ou même pas profité de ce système ? Accepteriez-vous que du jour au lendemain une force étrangère vienne vous ôter une partie de votre travail, sans prévenir, et qu’on vous dire : « Ah, mais tu n’avais qu’à anticiper. Tu n’avais qu’à te former, te préparer ! »
La seule réaction possible : la solidarité et l’empathie
N’est-ce pas un peu trop facile ? Et n’aurions nous pas besoin de plus de solidarité face à ces changement brutaux dont les patrons de la tech semble particulièrement se rincer le doigt dans le vernis de l’indifférence ? N’aurions-nous pas besoin plutôt de nous unir et de compatir aux épreuves des autres ? La solidarité ne serait-elle pas le moyen de vivre ces transformations sans qu’elles nous détruisent ?
Pour une défense universelle des métiers pour s’adapter à l’IA
Je crois beaucoup à cette voie là, et je compatis aux craintes des comédiens et comédiennes françaises, si ils acceptent le progrès technologiques, mais si on leur donne aussi le temps de créer de nouveau modèles de rémunération dans lesquels ils ne seront pas perdants. Et cela devrait être vrai de tous les métiers, tous les secteurs, tous les domaines. Nous ne devrions pas rire et nos moquer de ceu qui subissent ces violents trémois, et, au contraire, tenter de les comprendre et d’être avec eux, solidaires, pour construire ensemble les moyens d’accueillir le changement technologique à notre avantage à tous.
C’est ce que devrait être la société aujourd’hui !


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