Comme si on n’y voyait déjà pas grand chose, une étude vient semer encore plus la confusion dans nos esprits. Conduite par la chercheuse Zora. Z. Wang, elle provient de deux prestigieuses universités américaines : Carnegie Mellon University et Stanford University (notamment le laboratoire Stanford NLP) et elle vient vraiment bousculer notre vision techno-centrée sur l’impact de l’IA sur le monde du travail.
Premier enseignement : la plupart des études sur l’IA ne regardent qu’un tout petit segment du monde du travail
Autrement dit, alors que nous entre-déchirons sur les réseaux sociaux pour savoir si de l’apocalypse, c’est le paradis qui triomphera ou si ça sera l’inverse, la plupart de nos données et de nos arguments sont issus d’informations concentrées sur le monde du développement et des mathématiques qui sont de forts utilisateurs d’agents IA, oui, c’est vrai, mais qui ne représente qu’une part minuscule des travailleurs aux États-Unis, c’est à dire moins de 8% (7,6% exactement, si vous voulez tout savoir), tandis que des pans entiers d’autres secteurs à forte valeur ajoutés sont oubliés comme la gestion ou le secteur juridique.
Mais ce n’est pas tout !
La plupart du temps, les études que nous voyons ciblent des tâches simples et peu représentatives de nos activités : travailler sur ordinateur ou chercher des informations. Avouez que c’est réducteur, comparé au nombre de choses que l’on peut faire avec les agents IA. Cela ne recouvre que 5% des emplois, toujours aux états-Unis.
Deuxième enseignement : on surévalue sans doute les capacités d’autonomie des agents IA
Les géants de la tech ont tout intérêt à nous vendre des agents IA entièrement autonome, capables de nous remplacer dans la plupart de nos tâches. N’est-ce pas ce que ne cesse de répéter Dario Amodei, le boss d’Anthropic ? Ou n’est-ce pas la promesse d’Elon Musk qui nous annonce déjà la fin du travail ?
Cette vision est sacrément altérée par ce qu’a découvert l’équipe de Carnegie Melon et Stanford. En réalité, les agents IA sont bien incapables de nous remplacer hors des tâches relativement simples. Leur autonomie baisse même drastiquement plus les tâches se complexifie. Voilà qui est intéressant, parce que ça contredit totalement le mythe des développeurs qui promptent une fois et vont faire quelques heures de pause en attendant que l’agent ait fini (je caricature, je sais).
Étonnamment, même quand il s’agit de coder, les agents ne sont pas aussi bons que cela.
Comment nos amis chercheurs ont procédé pour parvenir à un tel résultat ? Ah ah, c’est là que ça devient intéressant ! Eh bien, assez simplement somme toute ! Comme quoi la science, ça n’est pas toujours si compliquée.
Ils ont créé plus de 72,000 tâches à accomplir issues de 43 benchmarks.
Les agents (on ne sait pas lesquels) ont alors tenté de réalisé les tâches avec un seuil de réussite défini par les humains. Si l’agent n’arrive pas à dépasser ce seuil pour chaque tâche, il est éliminé et on considère qu’il n’a pas réussi à l’exécuter.

Une étude qui vient apporter un éclairage nouveau à l’impact de l’IA sur le monde du travail
Le mérite de cette étude est de démontrer que les discours tenus sur l’IA et son impact sur le monde du travail sont très certainement largement biaisés par la propagande incessante des chantres de la Sillicon Valley qui ont tout intérêt à exagérer la performance et l’usage de leurs IA pour qu’on leur achète. Propagande qui est elle même abondamment relayée par les médias ou les influenceurs techs sur les réseaux sociaux (et je me compte dans le tas).
Cela n’empêche pas de se poser des questions sur l’avenir et sur la manière dont les agents IA vont transformer le monde du travail, mais cela aide à relativiser les vues extrémistes que l’on voit passer un peu partout.
Non, le monde du travail n’est pas submergé par l’IA, loin de là !
Ce qui est intéressant est que l’étude n’avait pas été conduite au départ pour mesurer l’autonomie des agents IA, mais pour mesurer l’adéquation entre les différentes études de marché liées agents IA embrassaient bien et reflétaient bien la réalité du monde du travail. Comme nos amis chercheurs l’ont découvert, il n’en est rien ! Et je crois que ce qu’il faut bien garder à l’esprit, c’est que la majorité des compétences humaines ne peuvent pas être remplacées par l’IA ou par des robots.
Conclusion : nous nous laissons trop facilement attraper par les discours puissants des géants de la tech
Cela ne veut pas dire que ça n’est pas le cas aujourd’hui sur certains champs d’applications, mais que nous avons tendance à prendre la fourmi pour le bœuf. Nous grossissons exagérément le rôle de l’IA dans nos sociétés et c’est peut-être cela qui explique qu’autour de moi, parmi mes amis qui ne travaillent pas dans le digital, personne ne parle vraiment d’IA. Le contraste est saisissant entre les discussions sur les réseaux sociaux et le vrai monde 🙂 Faites le test autour de vous !


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