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Pourquoi avons-nous honte d’utiliser l’IA quand elle nous aide à faire notre travail ?

Pourquoi avons-nous honte d’utiliser l’IA quand elle nous aide à faire notre travail ?

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Avez-vous déjà eu ce sentiment de tromper les gens en étant félicité pour un travail que vous n’avez pas fait ?

Et vous, que ressentez-vous ?

Je ne parle pas des n+1 qui adore s’attribuer le mérite de leurs subalternes (et il y en a des brochettes, croyez-moi), non. Là il s’agit de l’étrange sensation qui s’empare de vous quand c’est votre chef qui vous félicite après avoir lu votre rapport à moitié généré par IA. Vous êtes content et rougissez jusqu’aux oreilles, mais vous ressentez, comment dire, une espèce de honte, car, au fond, de vous, vous le savez bien, une part de votre rapport a été écrit par ChatGPT, par Mistral ou Gemini.

Gêne, sensation de mensonge, de tromperie…

A moitié gêné, vous n’osez pas lui avouer votre « forfait » et préférez garder comme un secret honteux la révélation qui pourrait faire baisser son estime pour vous, surtout à un mois des entretiens annuels, au moment où il faudra mettre sur la table les arguments pour pouvoir obtenir cette petite augmentation que vous méritez bien, quand même, parce que, hein, euh, ça commence à bien faire, les salaires au lance-pierre.

Alors, vous vous taisez, prenez les compliments en rabaissant votre mérite :

« Oh, mais tu sais, Antoine, moi, ce que j’aime, c’est rendre service du mieux que je peux, alors… », dites-vous avec un geste de modestie savamment travaillé destiné à rehausser encore plus vos soft skills aux yeux de celui ou celle qui décidera de votre avenir dans cette nouvelle boîte.

Vous avez déjà vécu ça ?

Travailler plus vite, est-ce tricher ?

Vous avez déjà eu la sensation de mentir après avoir utilisé l’IA pour accélérer votre travail, comme pour vous débarrasser d’un devoir pénible ? Avant ChatGPT, vous y aurez passé des heures, ou vous auriez trouvé un prétexte pour repousser. Mais là, non, l’occasion était trop belle de réhausser votre valeur. Un petit coup de ChatGPT par là, un petit coup de Gemini par ci. Hop, en 5mn, ce qui vous aurait gâché la matinée entière s’est transformé en une longue pause sur les réseaux sociaux pendant que votre agent IA travaillait.

Bon, bref, vous m’avez compris. Cette histoire, je ne la sors pas de mon chapeau, mais d’une étude qui montre que les français ne vraiment pas à l’aise avec l’IA.

De l’art de travailler en « loucedé » avec l’IA

Pas pour l’utiliser. Ça, ils sont comme les autres, et n’ont pas attendu la permission de leur hiérarchie pour s’en emparer… Non, pour faire le travail à leur place… pour gagner du temps… et par la même, pour en faire un peu moins pendant la journée, comme ça, discrètement, en « loucedé », on pourrait même dire.

C’est une étude qui est intéressante, parce qu’elle montre non seulement le rapport au travail des français, qui ont tendance, toujours, à se comporter comme de bons écoliers, mais qui n’ont pas l’air d’imaginer que l’IA, plutôt que de leur faire gagner du temps, pourrait aussi les aider à faire plus et mieux.

En réalité, une incompréhension de ce que peut vraiment faire l’IA pour vous

Mais, dans le fond, pourquoi se fatiguer ? Après tout, nous sommes toujours payés pareil. C’est pas qu’une question de temps, vous vous dites. C’est aussi une question de tâche.

Moi, je trouve que cette étude révèle un malaise beaucoup plus profond, et une incompréhension encore plus grande.

Elle montre que le rapport au travail semble encore dans beaucoup de domaines comme une obligation, un devoir, une suite de tâches à accomplir, mais pas du tout une mission, pas du tout un moyen de contribuer à la société, à sa société d’abord, mais aussi à l’amélioration d’un service interne ou externe. On a honte, parce que on s’imagine qu’on a pu facilement berner sa direction (qui n’est sans doute pas plus naïve que cela, mais, bon passons sur cet aspect) et qu’on a aussi l’impression d’avoir volé du temps à la société en étant payé, finalement, oui, à en faire moins pour le même résultat.

En cause : un manque de vision des entreprises

Je crois que cela montre que les entreprises n’ont pas encore vraiment compris comment employer l’IA et les agents IA. Qu’elles n’ont pas compris qu’ils étaient là, non pas pour réduire le temps de travail ou augmenter la productivité, mais, plutôt, pour faire des choses en plus, autrement et en mieux. Bref, pour améliorer un service plutôt que de se cantonner à continuer de le faire comme toujours, mais en travaillant moins.

Travailler moins, c’est bien. Travailler mieux, c’est encore mieux !

Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut dénier le droit à chacun d’être plus productif et de travailler moins, je suis simplement en train de dire que prendre l’IA comme un simple outil d’exécution de tâche est une vision limitative de ce qu’elle peut en réalité apporter en plus.

Et ce qu’elle peut apporter en plus, c’est :

Les 3 aspects ignorés de ce que peux faire l’IA pour les entreprises

  • Rendre les jobs moins bullshit : en libérant du temps de travail sur des tâches ennuyeuses, on peut en remettre sur des tâches plus créatives, plus intellectuelles, et plus innovantes pour l’entreprise
  • Rendre les jobs moins bullshit, c’est aussi les rendre moins ennuyeux, et je pense que dans un monde où de plus en plus de jobs de bureaux avaient perdu de leur sens, l’IA peut être un moyen d’en recréer en permettant aux gens de consacrer leurs énergie à des tâches qui les épanouissent plus.
  • Au niveau de l’entreprise, c’est aussi créer un nouvel élan qui permette de recréer de l’attraction pour le travail en le rendant moins pénible, moins frustrant, peut-être, pourquoi pas, même un peu plus ludique… car, dans le fond, pour accepter de travailler 7h par jour pour une entreprise, il faut quand même que ça soit un peu plus amusant

Plutôt que d’avoir honte, sachons être fier d’utiliser l’IA

Allez voir l’étude, il y a en un très bon compte-rendu ici et vous me direz ce que vous en pensez. Pour ma part, je crois aussi que nous démarrons une phrase transitoire de transformation du travail dont nous ne savons pas très bien où elle va nous mener. Je préfère la prendre comme un moment excitant passionnant, avec des dangers et des espoirs forts, plutôt que de m’en effrayer.

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