Le correcteur de grammaire et d’orthographe de Google Docs me fait de plus en plus douter de moi. Et me donne la sensation de ne plus savoir écrire correctement le français. Et cela commence à me poser un sérieux problème.
C’est peut-être idiot, mais ce système de correction de Google, par exemple, semble ne pas reconnaître les subjonctifs… plus embêtant également, il semble avoir des problèmes avec le temps futur et a tendance à me proposer des conjugaisons au présent, à la place.
Mais pire encore, le correcteur me propose également des corrections de tournure ou de style, dont je ne veux pas… Peut-être que ma langue n’est pas toujours correcte, mais j’ai bien le droit de me tromper et surtout d’écrire à MA manière, sans suivre les règles de l’art. C’est comme cela qu’une langue reste vivante, non ?
Cela me gêne de plus en plus quand j’écris, car, non seulement, j’ai l’impression que le correcteur s’immisce dans ma façon d’écrire, mais, même aussi, dans ma façon de penser… Ajoutez à cela le problème des petites vaguelettes bleues ou rouges qui s’affichent systématiquement sous les mots ou expression en erreur. Elles sont un véritable perturbateur pour ma concentration.
Dès qu’elles apparaissent, je ressens le besoin irrépressible de corriger la supposée faute, même si, parfois, ça n’est pas une faute…
Je m’interroge donc…
Car si ce système d’auto-correction est basée sur l’intelligence artificielle et le machine learning, si elle apprend des autres personnes qui utilisent Google Docs, n’a-t-elle pas non plus tendance à reproduire leurs propres erreurs ?
On le sait, c’est bien connu, si on introduit des biais dans une IA, elle produira des biais.
Est-ce anodin ?
Eh bien, pas tant que ça, je trouve… car plus je me sers de Google Docs, plus j’ai l’impression d’être dépossédé de ma maîtrise du langage français et de son orthographe, que je pense ne pas trop mauvaise.
Et de plus en plus, je me prends à douter des mes mots, de mes phrases… je ne fais même plus l’effort de me concentrer pour corriger mes fautes, je me fie au correcteur automatique… mais si, celui-ci se trompe (c’est particulièrement vrai pour la grammaire), alors puis-je réellement me fier à lui ?
Cette constatation peut vous paraître absconse, mais elle m’importe, moi, beaucoup, car elle montre une limite de l’IA et de l’apprentissage automatique : elle nous dépossède de notre savoir-faire. Et peu à peu, nous lui confions des missions que nous maîtrisions parfaitement autrefois (autrefois, s’entend, il y a deux ou trois ans). Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?
Personne n’a jamais nié l’intérêt des lève-vitres électriques dans les voitures, par exemple… perdre la capacité à tourner une manivelle pour faire la même action n’était pas une grande perte pour sa propre estime. C’était un gain de temps ou d’énergie.
Mais dans le cas de quelque chose d’aussi structuré et complexe que le langage, cela ne devient-il pas gênant d’être dépossédé d’une telle capacité ?
Cela nous permettra-t-il de libérer notre cerveau pour le consacrer à d’autres tâches encore plus complexes et que la machine ne pourra pas exécuter ?
Quand on voit le niveau en orthographe des générations les plus jeunes chez nous, n’est-ce pas le risque d’une diminution de la compréhension des choses ? La grammaire et l’orthographe ne sont pas que des règles faites pour embêter les gens. Elles traduisent la complexité de la pensée et donnent un sens aux mots, aux phrases, d’une manière beaucoup plus subtile qu’il n’y parait. Elles sont le reflet de notre pensée.
Or, confier ce reflet à une machine, n’est-ce pas annihiler, en quelque sorte, ou du moins, n’est-ce pas réduire, cette capacité de réflexion ? N’est-ce pas réduire notre intellect à une standardisation par la machine ? Il serait temps qu’on se pose réellement la question.
Photo par Camille Orgel


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