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Faut-il créer un métavers d’État ?

Faut-il créer un métavers d’État ?

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Seriez-vous pour un métavers national ? Un métavers créé par l’État français qui permettrait à tout un chacun d’effectuer ses démarches en ligne dans un monde virtuel en 3D ? Mais plus encore, et j’avoue que j’aime bien l’idée, à première vue, un métavers doublon, double de la France, dans lequel le pays et son patrimoine culturel serait entièrement recréé, où il serait possible d’en acheter des petits bouts, des petits morceaux, pour le sauver de son inexorable décrépitude (sauver le patrimoine réel, pas le numérique) ?

Je l’avoue, et je ne sais pas vous, mais j’ai un mal fou à croire en la capacité de notre État ou d’entités administratives à venir concurrencer l’énergie créatrice des entreprises privées du numérique, qui ont fait largement plus que tous les états depuis 20 ans pour transformer le monde, et dont la capacité à créer des univers numériques n’est plus à démontrer.

Ce matin, je lisais un éditorial (celui de Michel Lévy-Provençal, dans les Echos) et c’était vraiment ce que je ne pouvais pas m’empêcher de me dire.. Vouloir créer un métavers à un niveau administratif pour fournir des services publics. Ou même pour y commercialiser des espaces. A l’instar ce qu’a déjà fait la ville de Séoul.

Je peux comprendre l’engouement pour les métavers. Et je trouve parfaitement normal que l’on s’inquiète de rater le train d’une potentielle révolution en marche.

Mais peut-on vraiment croire que créer des services publics dans un univers virtuel en 3D est un progrès ? Peut-on vraiment croire que déployer une telle artillerie technologique est à la portée d’une entité administrative plus petite qu’un État ou qu’une multinationale ? Créer un métavers requiert plus que des dizaines de millions d’euros d’investissements. Voudrait-on vraiment faire avaler au contribuable ce genre de dépense alors que la plupart des services publics français sont déjà à bout de souffle ? N’y a-t-il pas mieux à faire ? Franchement ?

Ce n’est peut-être pas si simple. D’abord pour des raisons que j’ai expliquées, qui sont purement ergonomiques. Un univers en 3D sera toujours beaucoup plus complexe à utiliser qu’un univers à plat, 2D et rejettera encore plus les personnes déjà en difficulté face aux écrans. Il y a déjà 15 millions de personnes en France, recensées comme illectronnistes. N’aggravons pas leur situation.

Je peux vous le dire, entre autres, parce que je l’ai déjà expérimenté dans le cadre d’un projet d’un monde 3D pour une grande marque de distribution française.

Autant, il était facile de s’y adapter pour un gamer, autant cela requérait des efforts d’adaptation inouï pour les autres. S’imaginer que reproduire notre monde en 3D sur des écrans en 2D va simplifier notre préhension du monde numérique est une vieille lubie de l’informatique depuis sa naissance. Et jamais, jamais, elle n’a trouvé son expression dans le monde actuel hors des activités de divertissement. Qu’on se souvienne de Second Life et de ses ambassades virtuelles… Le cimetière du numérique est plein de ces projets avortés où l’illusion de la 3D rendrait les choses plus faciles.

Pourquoi le faire, d’ailleurs ? Pourquoi imaginer des interfaces lourdes à gérer, complexes à créer, difficiles à utiliser, alors que tous les outils de communication numériques existent déjà : visio, chat, SMS, téléphone… et qu’une part croissante de la population française apprend à les maîtriser aujourd’hui ? Pourquoi vouloir imposer un nouveau type d’interface ? C’est vraiment céder à l’apparat du numérique au détriment de l’expérience utilisateur réelle.

Une autre question se pose, mais elle est économique. Une administration aura-t-elle les moyens de créer un univers à l’expérience utilisateur équivalente de ce que pourrait offrir un Meta (Facebook) ?

Créer une expérience utilisateur fluide dans le numérique ne se fait pas en un claquement de doigt et nécessite une expertise et des investissements financiers conséquents. Que ce soit Apple ou Google, il faut mesurer ce que ces entreprises offrent à leurs utilisateurs. Et se rendre compte qu’il est difficile, très difficile d’atteindre le même niveau de qualité d’expérience si l’on n’a pas leurs moyens. Un ecommerçant comme Cdiscount, pourtant un géant chez nous, souffre, à ce titre, mal la comparaison avec un Amazon (malgré la taille gigantesque de sa plateforme).

Les UX designers le savent : les utilisateurs ne cessent de faire de comparaisons avec les outils qu’ils utilisent. Et ils prennent vite leurs habitudes sur les leaders du marché, ceux qui offrent souvent la meilleure expérience utilisateur. Comment un service d’État aurait-il la capacité d’atteindre ce niveau ? Je pose sérieusement la question.

Alors d’accord, mon propos est un peu défaitiste et déprimant, mais il n’empêche pas de s’interroger sur la manière dont les administrations ou les entreprises devraient s’intéresser aux métavers et pourraient en tirer parti. Car il me semble que c’est sous cet angle qu’il faut aborder la question. Comment se faire sa place au milieu de ce fatras numérique ?

Certaines multinationales étudient déjà le sujet en vendant des produits virtuels. Il s’agit encore à ce stade d’expérimentation, mais cela montre bien qu’il est possible d’aller tester des concepts sans trop se mouiller et sans y laisser sa chemise. S’insérer dans les métavers est tout à fait envisageable à condition de s’interroger véritablement sur les besoins utilisateurs et les possibilités d’y répondre au mieux. Et c’est précisément le métier de l’UX design d’y réfléchir avant que de vouloir investir massivement dans des mondes dont, honnêtement, on a encore beaucoup de mal à entrevoir les contours ou à savoir si ce ne seront que des buzzwords ephémères.

Ne serait-il donc pas plus sage de lancer des expérimentations sur la base de ce qui existe déjà et dans les univers qui existent déjà ? En mode « test & learn » comme on dit dans le monde des startups. Toutes les méthodes existent, tous les hommes et les femmes aptes à trouver des solutions sont là… il ne reste qu’à s’y mettre.

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