Cela fait déjà quelques jours que je veux en parler et il m’a fallu du temps avant de cerner ce qui me posait problème, mais une énième annonce d’une énième mise à jour d’un énième algorithme d’IA par un des grands acteurs digital de ce monde m’en a convaincu : il existe un décalage de plus en plus grand entre ce que les entreprises IA veulent offrir et ce que nous, humains et entreprises, sommes capables d’absorber.
Ce que je veux dire, ça n’est pas que la nouveauté et l’innovation ont toujours été rapides… elles l’ont toujours été dans le digital et personne, à priori, n’en est mort… ce que je veux dire, et ce que je ressens de plus en plus, c’est que nous nous en moquons comme de l’an 40 de ces nouveautés qui ne sont rien d’autres, en réalité, que des ajustements cosmétiques pour entretenir la « hype », mais dont l’utilité me laisse de plus en plus pantois.
Prenez, par exemple, ChatGPT 5. Lancé en fanfare il y a quelques semaines, on apprenait bien que, oh, eh bien, un peu décevant ce ChatGPT là, moins bien, moins intelligent, moins pertinent, etc… Oui, on sentait bien qu’il y avait une déception chez les utilisateurs, mais je me demandais une chose, en lisant ces commentaires d’experts auto-proclamés de ‘LinkedIn ou de témoignage d’utilisateurs : comment pouvaient-ils réellement juger de l’amélioration ou de la dégradation d’un outil d’une telle complexité que même les ingénieurs d’Open AI ont du mal, sans doute, à maîtriser entièrement ? Comment pouvaient-ils réellement en juger, sans conduire des études ou des benchmarks ?
Et puis, surtout, je me demandais autre chose : je me demandais qui ça pouvait bien intéresser que la version 5 de ChatGPT était peut-être meilleur que la 4… ou pas… ou que ChatGPT avait l’air moins sympa, était moins poli, ou plus poli… ou je ne sais quoi.
La semaine suivante, ou deux semaines après, je ne sais plus, Sam Altman annonçait une version 5.1, dont la principale nouveauté résidait dans la possibilité de personnaliser la façon dont ChatGPT nous parle. Personnaliser ChatGPT, un peu comme personnaliser son fond d’écran, me disais-je en lisant cela, un peu comme mettre un aileron arrière sur sa voiture pour lui donner un air plus sportif, un peu comme mettre du maquillage pour masquer un défaut… Et dans le fond, me disais-je encore, car je parle beaucoup tout seul devant mon écran, quelle importance est-ce que ça pouvait bien avoir pour moi, par exemple, qui écrit tous les jours, et qui s’éloigne de plus en plus tous les jours de ChatGPT qui est absolument incapable, je vous le dis, d’écrire correctement un article de blog…
Quelle amélioration dérisoire… quand on est l’IA que tout le monde utilise et qu’on est censé donner la direction du vent.
Et puis… en quoi cela intéresse les entreprises ? Quel profit vont-elles bien pouvoir en tirer ? Quel bénéfice ?
La course à l’IA aujourd’hui est si monstrueuse, si folle, si déconnectée de la réalité, que je ne sais pas qui arrive encore à suivre tous ces changements, toutes ces évolutions, et qui s’en sert vraiment. Je ressens le sentiment de plus en plus étrange qu’après avoir inondé le digital de leur merveilleux outils, ces géants se sont lancés dans une course qui s’éloigne totalement de la réalité et qui sert de moins en moins les intérêts des gens. C’est la logique capitalistique la plus pure qui les pousse encore à innover, alors que le marché tarde foncièrement à adopter cette innovation, il n’en peut plus, le marché, il est plein à ras bord de l’IA et il n’a même pas commencé à le digérer qu’on essaie encore de lui faire avaler un plat.
On est peut-être au bord de l’overdose, non ?


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