Découverte du citizen developer
Connaissez-vous le Citizen Development ? Il y a des conférences, parfois, qui me font bondir, quand elles mettent exactement le doigt sur une idée ou une pensée qui me trotte dans la tête avec l’impression qu’elle n’est qu’un pur fantasme produit par mes observations. Or, la semaine dernière, c’est exactement ce qui s’est passé : mon imagination a rencontré la réalité et je me suis enfin senti beaucoup moins seul.
Une tendance partagée par de nombreux product owners
Depuis plusieurs semaines déjà, je le subodorais. Quelque chose avait changé dans ma façon de travailler. A force d’utiliser tous ces outils : IA + Nocode, je le pressentais bien. Puisque je le faisais, d’autres devaient le faire aussi. On le dit tous les jours : ceux qui sauront maîtriser l’IA seront bien plus puissants que jamais. Ajoutez-y une pincée de no-code, et vous avez le travailleur du XXIème siècle. À la fois maker et expert. Expert dans son domaine, et bricoleur, créateur de ses propres outils. Un travailleur qui apprend seul et améliore lui même ses outils de travail sans passer par des grandes solutions en Saas ou des équipes de développement extérieur.
Eric Monnoyer, chantre du citizen development
Et c’était exactement ce qu’était venu raconter Eric Monnoyer, plutôt un vieux de la vieille, qui a sans doute surpris son monde avec son Citizen Development.
ex CTO de Opodo, il a continué sa carrière dans le « delivery » en travaillant sur les problématiques des Digital Factory, pendant la grande période de la méthode Agile
Une première rencontre enrichissante
Il y a plus d’une dizaine d’années, il a rencontré un éditeur français ayant développé une plateforme de développement rapide avec des robots qui automatisaient la production du code (robots techniques spécialisés selon les technologies, et robots pour générer la partie applicative du code, avec un langage d’entrée qui ressemblait à de l’UML sophistiqué).
La question du go-to-market pour un produit
La question de l’éditeur était : quel est mon go-to-market ? Les tests menés avec des DSI et des patrons d’ESN ont conclu qu’ils « faisaient chier tout le monde » parce que proposer un outil de productivité qui multiplie par 10 ou accélère par 4 n’intéresse personne.
Eric Monnoyer a alors suggéré à l’éditeur de pivoter pour faire un outil destiné aux utilisateurs, aux business analysts, aux consultants, aux collaborateurs métier. Ces derniers seraient très contents d’avoir un outil permettant de développer des applications sans faire appel à la DSI, profitant de la productivité et de la rapidité, mais l’éditeur a refusé, voulant rester dans la tech. Le chapitre a été clos.
Arrivée du no-code/low-code
En 2019, la vague Low-Code/No-Code (LCNC) est arrivée, principalement portée par les éditeurs anglo-saxons au début, ce qui lui a permis de ressortir ses travaux de l’époque sur la méthodologie permettant aux collaborateurs métier d’utiliser ce type de plateforme (l’hyper-agilité).
A partir de cet instant, il n’a plus lâché le monde du no-code.
- En 2022, il a rejoint le syndicat français des professionnels du No-Code, où il a dirigé une initiative avec l’AFNOR pour développer un recueil de bonnes pratiques.
- Il a ensuite rejoint l’Innovation Makers Alliance, une association de 150 entreprises françaises travaillant sur l’innovation technologique qui lui a demandé de devenir le référent LCNC et Citizen Development.
- Il a monté un Observatoire du Citizen Development au sein de l’IMA, regroupant des entreprises françaises ayant des programmes structurels de Citizen Development depuis plusieurs années (SNCF, La Poste, L’Oréal, Manitou).
- Ils ont étudié et mis à plat leurs programmes pour comprendre les fonctionnements et les meilleures pratiques.
- Un rapport a été publié.
- Pour propager les bonnes pratiques, il a créé l’Institut du Citizen Dev et il est désormais en train de monter l’Alliance du Low-Code/No-Code Souverain avec d’autres acteurs pour que les éditeurs français de LCNC avec des solutions de niveau entreprise puissent faire valoir collectivement leur voix face aux marchés privé et public.
Qu’est-ce que le Citizen Development ?
C’est la possibilité que vous offrez à vos collaborateurs métier (en les accompagnant, les formant et les mettant dans un système de gouvernance) de développer par eux-mêmes leurs solutions digitales pour améliorer leur activité professionnelle.
- Exemple : La Poste compte 4000 citizen developers, animés par une structure appelée « La Fabrique des Usages ».
- À la SNCF, c’est un des piliers majeurs de la transformation digitale.
D’après Éric, l’innovation processus suit toujours l’innovation produit.
Le citizen development permet d’aller plus vite et avec moins de moyens
Les innovateurs adressent le marché existant pour mesurer les gains par rapport à un référentiel connu. Or, le LCNC permet d’aller plus vite et de dépenser moins d’argent (ce qui était une mauvaise nouvelle pour les ESN). C’est un progrès incrémental tant qu’il reste confiné aux développeurs professionnels, mais c’est lorsque vous permettez aux collaborateurs métier de s’emparer de ces outils pour développer leurs propres solutions que la donne change.
Le LCNC apporte une différence fondamentale : l’interactivité. Vous pouvez paramétrer la solution et voir le résultat immédiatement, ce qu’aucune autre méthodologie ou technologie de développement ne permettait avant.
La France n’est pas en retard sur les solutions no-code. Je vous ai proposé de découvrir deux éditeurs sur mon blog : Databricks et Teepee. Deux entreprises lilloises qui apportent des solutions pour simplifier la gestion de documents.
Une innovation de rupture qui permet de capter une partie du potentiel inexploité des entreprises
C’est une innovation de rupture car elle permet de capitaliser sur un potentiel inexploité dans les entreprises.
Les 4000 citizen developers de la Poste n’impactent pas le budget de développement de la DSI, mais leur propre temps métier. Ils considèrent le développement comme une partie intégrante de leur métier.
Avantage du citizen development
Avantages : Amélioration de la qualité de vie au travail (plus grande productivité et efficacité), contrôle du Shadow IT (l’intervenant prévient que si les collaborateurs n’ont pas d’outils officiels, ils utiliseront leurs mobiles ou des IA pour interroger ChatGPT), apaisement des relations DSI/Métiers.
Mythes et réalités du citizen development
Tout n’est pas rose dans le monde du Citizen Development.
| Problème soulevé par les opposants | Réalité et contrôle |
| Dangerosité (RSI qui s’inquiètent) | Définir des règles claires (ex: ne pas attaquer les systèmes opérationnels cœur de métier). La responsabilité de l’arrêt du programme repose sur la DSI. |
| Fouisonnement improductif (Bad Citizen Developers) | Le problème principal n’est pas l’improductivité (l’utilisateur développe pour son besoin immédiat) mais les mauvais Citizen Developers. |
| Non-pérennité des développements | Le problème principal n’est pas la pérennité, mais le fait que le développeur opérationnel quitte son poste et que personne n’assure la maintenance. |
| Coûts prohibitifs à grande échelle | Les coûts sont un problème avec certaines technologies pour les déploiements de grande envergure. |
| Réglementaire | Gérable avec de bonnes règles de gouvernance. |
Solutions pour gérer les risques
- Environnement technique contrôlé (ingénierie autour de l’environnement de développement, traçabilité, etc.).
- Gouvernance (utile, mais Éric Monnoyer préfère une philosophie anglo-saxonne : tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, ce qui favorise l’innovation, plutôt que la philosophie française inverse).
- Information et sensibilisation (les citizen developers sont des gens sérieux).
- Accompagnement (Centre d’excellence, identification, animation, débriefing des communautés, faire grandir les citizen developers).
Use case Shell
- Exemple Shell (Do It Yourself) : Shell a le plus grand nombre de citizen developers au monde (10 000 à 20 000). Le programme est né d’une expérience de la DSI et de hackathons de citizen developers. La direction générale de Shell, bluffée par la capacité de leurs collaborateurs métier à être des « makers », a investi des millions de dollars pour accélérer et mondialiser la transformation digitale grâce à ce programme.
Découvrez l’Institut du Citizen Development
Article partiellement rédigé avec Gemini


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