Hyperpersonnalisation des contenus ou vie protection de la vie privée : comment choisir ?
L’IA repose avec une acuité renouvelée la question des données personnelles. Dans une récente interview, Robby Stein, vice-président produit de Google Search, n’y voit aucun inconvénient, car il est persuadé que plus l’IA en saura sur vous, mieux elle saura vous servir. Ce qui n’est pas faux, mais est peut être assez flippant quand on y pense bien.
Désormais, toutes les applications ou presque de Google intègrent Gemini, l’IA maison. Une bonne manière de récupérer des milliers de données sur chacun de ses utilisateurs qu’il le veuille ou non, qu’il le sache ou non. En réalité, il est possible de dénier à Google le droit d’utiliser ces données, mais pour cela, il faut d’abord trouver le moyen de le faire, ce qui n’est pas forcément si évident, et ensuite de faire suffisamment confiance à Google pour croire que ses données ne sont pas exploitées.
La question qui se pose pour chaque utilisateur, c’est comment continuer à garder le contrôle de ses données et jusqu’à où ? Evidemment, chacun appréciera qu’un Google Shopping dopé à l’IA lui propose d’avance sa liste de cadeaux pour Noël. Personnellement, c’est un service que j’apprécierai beaucoup tant trouver des cadeaux pour ma famille est un calvaire pour moi. Mais n’y aura-t-il pas un moment où nous trouverons ces recommandations intrusives, comme si nous avions chacun un Big Brother par dessus notre épaule en train d’épier tous nos gestes ?
Cette idée, on la retrouve dans Pluribus, la série dont je vous avais parlée. Les « autres » possèdent toute la connaissance sur Carol, l’héroïne, ce qui leur permet de lui proposer toujours ce qu’elle aime et préfère, plus qu’elle même ne le saurait.
Ce débat n’aurait pas lieu d’être selon Robby Stein. Pour lui, la solution réside dans l’information à l’utilisateur : « Je pense que les gens veulent comprendre intuitivement quand les informations sont personnalisées — quand elles sont faites pour eux, par opposition à [une information] que tout le monde verrait s’ils posaient cette question. » On en revient à cette question du marquage. Faut-il ou pas avertir les gens de contenus générés ou personnalisés par IA ? Faut-il séparer le bon grain de l’ivraie ?
In fine, comme je l’avais dit lors de ma table ronde à la DGCCRF, le 28 novembre dernier, cette approche grandissante des géants de la tech, d’une personnalisation à l’extrême risque de créer un problème extrême : une hyper-personnalisation du Web. Dans quelques années, il n’y aura plus un Web, mais une infinité de Web, comme des multivers, où chaque utilisateur ne verra que ce qui lui est propre et réservée. Il y a quelques années encore, les médias étaient généralistes et imposaient des contenus uniques à des masses de gens. Demain, ce seront une infinité d’expériences et de contenus uniques qui seront proposés à des milliards de personnes, sans qu’aucune trace de tout cela ne reste.


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