Une illusion à plusieurs milliards de dollars
On nous aurait menti ? Les montagnes de productivité promises par l’IA générative, d’après deux enquêtes récentes, ne seraient à les croire qu’une gigantesque illusion collective nourrie par l’appétit immodérée des humains pour la hype, mais aussi de leur incroyable incapacité à admettre leurs erreurs.
Des défauts qui ne coûteraient pas cher si ça ne concernait que le monde fabuleux des machines à café, mais qui, dans le monde de l’IA générative, se chiffrent en milliards de milliards de dollars. Des montagnes aussi, mais bien réelles celles là.
Une vision différente selon la couleur du col des collaborateurs
La grande illusion viendrait de l’aveuglement des dirigeants d’entreprise à considérer la situation avec les yeux en face de trous. Si les cadres se targuent de s’épargner des heures de travail grâce à l’IA chaque semaine, dès que l’on s’enfonce dans les profondeurs de la hiérarchie, c’est déjà beaucoup moins le cas. La différence de perception et d’usage est énorme ! Là où les uns voient un outil merveilleux qui les débarrassent de leurs tâches les plus ingrates : faire des slides, des résumés, prendre des notes. Pour les autres, l’IA est une perte de temps. Vous avez bien lu.

Dans l’enquête menée par Section, 40% des employés considèrent qu’ils gagnent à peine une à deux heures de travail par semaine. Beaucoup même réalisent que les promesses des IA génératives ne se réalisent que dans la tête de ceux qui les font.
Une différence énorme de perception entre employés et cadres
Et c’est maintenant qu’il nous faut aborder un aspect essentiel de cette enquête.
Pourquoi les tremblements de joie qui font frémir les « diplômés » des étages supérieurs ne descendent-ils pas aux niveaux inférieurs ?
Ecartons d’emblée le manque d’enthousiasme ou la paresse, et regardons de plus près ce qui se passe avec l’œil impartial du microscope. Et là, dans cette plongée au cœur des entrailles des entreprises que voyons-nous ?
Une approche au microscope révèle les dessous de l’IA générative
1 – Que l’IA générative n’est pas aussi bien répartie que l’on croit. Comme toujours, ce sont les plus haut salaires qui bénéficient le plus de droits. L’accès aux versions payantes leurs sont réservés, tandis que les employés doivent se contenter des miettes gratuites et pleine (bientôt) de publicités.
2 – Que l’utilité des IA générative, dans les soutes, ne se révèle pas évidente. Que l’on prenne les métiers du code, de l’UX, du design et d’autres encore, il y a un vrai problème avec les IA génératives : leur irrégularité. Une tâche qui avant prenait deux heures peut être réalisé en 10 minutes. Mais… le fameux mais de toute innovation, suivi du fameux « hic ». Il y a un hic ————–> Le temps passé à réparer les c…… ies de l’IA. L’eussiez-vous cru ? On passe presque plus à passer derrière avec une serpillère les cochonneries que laisse l’IA partout où elle passe, qu’à co-construire avec elle ce qu’on aimerait faire pour avancer. Environ 37 % à 40 % du temps gagné par l’IA serait en réalité reperdu dans le « rework ».

Les employés subissent de plein fouet la taxe de l’IA. L’IA, pour les tâches de production, vous fait gagner du temps EN APPARENCE (!!!!). Mais sa détestable habitude à se tromper maquille une réalité bien moche. L’un dans l’autre : les gains espérés n’ont pas meilleure allure que quelques pièces de nickel dans le creux de votre main. La magie qui dégouline par tous les pores des réseaux sociaux n’existe que dans la tête de ceux qui ne se sont pas frottés aux vraies réalités opérationnelles.
Une réalité déformée par les algorithmes des réseaux sociaux
Ou dans celle des C-Levels, ces fameux cadres sups aux cols plus blanc que blancs, qui voient difficilement plus loin que le seuil de leurs bureaux d’aciers et de bois avec vue sur l’horizon. Alors que leurs propres usages révèlent toute la puissance de l’IA, ils perçoivent difficilement les difficultés que rencontrent leurs comparses moins galonnés.
Le souci vient en partie de ce que les entreprises ne regardent que les indicateurs qu’elles veulent bien voir : taux d’adoption, nombre de formation, budgets IA, mais s’intéressent moins (par pudeur ?) aux gains de productivité ou même encore pire, à leur capacité à transformer leurs entreprises, à accélérer l’innovation. Aujourd’hui, seules 12% des dirigeants d’entreprises aux États-Unis déclarent que l’IA leur a fait gagner des points de productivité et augmenter leur rentabilité.
Je m’arrête là pour aujourd’hui, mais vous l’aurez compris. Aucune étude ne remet aujourd’hui en question l’intérêt de l’IA générative. Je m’en sers tous les jours. Je ne sais pas si elle me fait gagner du temps, mais une chose est certaine, elle me débarrasse de choses que je n’aime pas faire, me permet de faire des choses que je ne pouvais pas externaliser pour des questions de coûts, et me permet partiellement de me concentrer sur des choses à plus fortes valeur ajoutée.
L’IA générative risque de séparer encore plus les classes sociales au sein des entreprises
Je ne me classe pas dans la catégorie des employés et c’est peut-être pour cela que je me range bien de ce qui ressort de ces enquêtes : l’IA générative bénéficie à plein aux fonctions les plus élaborées et intellectuelles de l’entreprise… ce que j’avais déjà pressentie à plusieurs reprises sans pouvoir le justifier.
Faut-il s’en étonner ?
Faut-il s’en offusquer ?
Faut-il se demander si l’IA pour tous n’est pas une grande illusion ?
Les mois à venir seront critiques et détermineront le sort des IA génératives
Les mois à venir permettront d’y voir plus clair. Beaucoup annoncent une pause dans la course à l’IA. Il se dit qu’OpenAI ne passerait pas l’année. Les entreprises continuent à investir, mais pour combien de temps encore ?
Deux exemples pour terminer :
Klarna qui avait annoncé remplacer tout son staff « relation-client » par de l’IA a fini par reculer et réembaucher des humains.
Duo Lingo, qui avait annoncé fièrement se débarrasser d’une grande partie de ses sous-traitants a finalement continuer à embaucher encore plus de monde.
Les plans sociaux annoncés à cause de l’IA sont populaires au niveau des investisseurs, mais ne sont pas des remplacements massifs à cause de l’IA. L’humain reste encore et restera pour toujours irremplaçable. Voir dans l’IA la fin du travail comme l’avait prédit notre Mme Irma en chef, Elon Musk, est un mirage et un mensonge. L’IA modifiera profondément en partie certains univers. Mais le grand remplacement n’est pas encore arrivé. Si jamais il arrive un jour.
Via Implicator.ai : The AI productivity mirage: Executives see eight hours saved. Workers see almost nothing.


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