Le plus célèbre chercheur français en IA crée sa startup en France
Les LLM sont-ils la voie vers l’AGI, l’intelligence artificielle générale ? Et l’AGI n’est-t-elle qu’une fumisterie de plus de la Sillicon Valley ?
Yann Lecun, notre « AI hero », national, dans une interview au New-York Times réitère son scepticisme à l’égard de la Sillicon Valley qu’il vient de quitter avec armes et bagages (je le comprends d’ailleurs, je me demande si j’arriverais à survivre dans l’ambiance délétère qui règle là bas) pour créer sa propre startup à Paris, AMI Labs.
C’est extrêmement courageux.
Je ne sais pas si Yann Lecun est très connu du grand public mais pour ceux qui s’intéresse un peu à l’intelligence artificielle, il l’est. C’est notre star nationale à nous, c’est notre Tony Parker de l’IA, notre représentant. Et on peut en être fier.
Lecun, qui après avoir forgé les bases de l’IA moderne avec quelques collègues (il est prix Turing, équivalent du Nobel en IA), et passé un certain temps chez Meta, a donc claqué la porte à l’approche US de l’IA, persuadé que les LLM (Large Language Models) sont une impasse.
Les LLM, une impasse ?
Il le dit et le redit : les grandes sociétés de tech américaines sont en train d’investir des milliards dans une course qui pourrait mener à beaucoup de déception. Il n’a pas l’air de renier les progrès récemment accomplis que l’on peut voir à l’œuvre avec les progrès de l’IA agentique dans le développement, mais pour lui, augmenter à l’infini la puissance de calcul de ces modèles se heurtera indéfiniment à leur problème intrinsèque : leur incompréhension du contexte et des intentions, sans compter les fameuses hallucinations.
Lecun ne croit pas que l’AGI puisse être atteinte par les LLM. Et pour ma part, je me demande franchement si c’est ça qui l’intéresse.
L’AGI relève plus d’une utopie que de la raison
L’AGI est concept marketing et fait partie de ses nombreux appeaux que la Sillicon Valley utilise pour faire pleuvoir les dollars sur leurs entreprises. Rien ne dit qu’elle sera atteinte un jour. Rien ne dit qu’elle existe. Un peu de bon sens et de connaissance du cerveau humain devrait rappeler qu’il n’existe pas de définition précise de l’intelligence, que celle-ci est intrinsèquement liée à notre corps et à nos besoins vitaux et qu’il serait difficile de croire qu’il y aurait une intelligence bien définie et bien discernable.
En revanche, Lecun est persuadé que les LLM sont une illusion et une impasse dont on reviendra bientôt. Et parfois, je me demande s’il n’a pas raison. Si je prends l’exemple du vibe-coding, il y a quelque chose de magique à voir un programme programmer à votre place, mais mes aventures personnelles avec Antigravity me montrent que la magie n’est qu’apparente et j’ai parfois des doutes sur la capacité d’une machine à m’aider à produire seul un programme sans de vrais développeurs avec moi.
Les LLM sont une voie qui ont permis d’accomplir de grands progrès et transforment le monde du travail, mais les gains de productivité attendus ne sont pas là.
Une parole singulière au milieu de nombreux apôtres des LLM
Je n’y connais rien à l’IA, et je ne sais pas comment ça marche, à part dans les grandes lignes, un peu comme tout ceux qui ont eu la curiosité d’aller voir sous le capot. Mais globalement, je ne suis pas capable d’en discuter et je préfère m’en remettre à la parole des scientifique et des chercheurs, à ceux qui font l’IA d’aujourd’hui. Même si, c’est vrai, on peut aussi entendre de ces gens là des choses assez absurdes (prédictions apocalyptiques, AGI pour dans deux ans, etc). Difficile de s’y retrouver quand on n’est qu’un quidam. Difficile d’y voir clair.
Ce que Lecun dit, et j’aurais tendance à le croire, parce que sa parole a toujours été mesurée, c’est qu’il existe d’autres voies en IA que les LLM et que ces autres voies pourraient amener à d’autres algorithmes plus puissants et plus intelligents. Mais qui trouvera cette voie ?
L’avenir de l’IA passera par la Chine
Lui, bien sûr ! Et on s’en réjouit si cela arrive de la part d’un français en France, mais d’abord les chinois, affirme-t-il, sans citer d’entreprises en particulier, mais on peut penser à Deepseek, les chinois, parce que leur approche beaucoup plus frugale leur permet déjà de battre ou de rejoindre les performances américaines, et surtout parce que leurs sociétés ne se sont pas engagées dans une course à la production de data.
En quoi est-ce que cela nous concerne, nous pauvres humains, pauvres travailleurs du numérique, petits mineurs au fond d’une galerie d’où la lumière du jour nous parvient à peine ? Cette course à l’IA ressemble à un combat des Dieux auquel nous assistons impuissants.
Mais aussi peut-être par l’Europe ?
Eh bien peut-être parce que justement, d’après Lecun, tous ces milliards ne sont peut-être pas nécessaires et que les géants d’aujourd’hui ne seront peut-être pas les géants de demain, et que l’avenir ne sa bâtit peut-être pas dans un pays en pleine déroute morale et sociétale, mais ailleurs, en Chine, sûrement, en Europe, pourquoi pas ? En tout cas, lui, c’est bien à Paris qu’il a dressé son camp, pas à Pékin ou ailleurs en Asie… la preuve qu’il y a de l’espoir !

