L’IA, fausse promesse de réduction du travail ?

L’IA, fausse promesse de réduction du travail ?

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L’intelligence artificielle (IA) est souvent présentée comme une solution miracle pour alléger la charge de travail des employés, leur permettant de se concentrer sur des tâches plus importantes et enrichissantes. Cependant, une nouvelle étude remet en question cette idée reçue. Selon cette recherche, les outils d’IA n’allègent pas le travail, mais ont plutôt tendance à l’intensifier.

Comment l’IA générative intensifie le travail

Menée sur huit mois au sein d’une entreprise technologique américaine d’environ 200 employés, l’étude a révélé que l’utilisation de l’IA générative a conduit à une accélération du rythme de travail, un élargissement du champ des tâches et un allongement des heures de travail.

De manière significative, l’entreprise n’avait pas rendu obligatoire l’utilisation de l’IA (bien qu’elle ait offert des abonnements d’entreprise à des outils d’IA disponibles dans le commerce).

Poussés par leur propre initiative, les employés ont augmenté leur production car l’IA rendait le « faire plus » possible, accessible et, dans de nombreux cas, intrinsèquement gratifiant.

Extension du domaine des compétences

L’IA comble les lacunes en matière de connaissances, ce qui encourage les employés à s’aventurer dans des domaines de responsabilité qui étaient auparavant le domaine d’autres personnes.

Par exemple, des chefs de produit et des concepteurs ont commencé à écrire du code, des chercheurs ont entrepris des tâches d’ingénierie, et des individus de tous les services se sont lancés dans des tâches qu’ils auraient auparavant sous-traitées, reportées ou évitées.

Les outils d’IA offrent un « coup de pouce cognitif » qui réduit la dépendance vis-à-vis des autres et offre un retour d’information et des corrections immédiats.

L’expérimentation, facilitée par l’IA, a mené à un élargissement significatif du périmètre des postes, absorbant même des tâches qui auraient justifié un renforcement des effectifs.

Frontières floues entre travail et vie personnelle

L’IA facilite le démarrage des tâches, réduisant la friction face à une page blanche ou un point de départ inconnu. Ainsi, les employés ont tendance à glisser de petites quantités de travail dans des moments qui étaient auparavant des pauses.

De nombreux employés utilisent l’IA pendant le déjeuner, lors de réunions ou en attendant le chargement d’un fichier. Le style conversationnel de l’incitation adoucit davantage l’expérience, donnant l’impression de bavarder plutôt que d’entreprendre une tâche formelle.

Cela fait déborder le travail sur les soirées ou les matinées sans intention délibérée. Les pauses deviennent moins régénératrices et le travail devient plus ambiant et omniprésent.

Multitâche accru

L’IA introduit un nouveau rythme de travail où les employés gèrent plusieurs tâches actives simultanément : écriture manuelle de code pendant que l’IA génère une version alternative, exécution de plusieurs agents en parallèle ou reprise de tâches reportées grâce à la capacité de l’IA à les « gérer » en arrière-plan.

Ce sentiment d’avoir un « partenaire » favorise un sentiment d’élan, mais se traduit en réalité par une commutation d’attention constante, une vérification fréquente des résultats de l’IA et un nombre croissant de tâches en suspens.

La charge cognitive augmente et la pression s’accroît, même si le gain de temps grâce à l’automatisation était censé réduire cette pression.

Les conséquences pour les organisations et la nécessité d’une « pratique de l’IA »

Cette intensification du travail peut sembler positive à première vue. Après tout, si les employés augmentent volontairement leur productivité, où est le problème ? N’est-ce pas l’explosion de productivité promise ?

Cependant, la recherche révèle les risques de laisser le travail s’étendre et s’accélérer de manière informelle. Une productivité accrue à court terme peut masquer une augmentation silencieuse de la charge de travail et une tension cognitive croissante, car les employés jonglent avec de multiples flux de travail activés par l’IA.

L’effort supplémentaire étant volontaire et souvent présenté comme une expérimentation agréable, il est facile pour les dirigeants de négliger la charge supplémentaire que supportent les employés. À terme, le surmenage peut nuire au jugement, augmenter le risque d’erreurs et rendre plus difficile la distinction entre les véritables gains de productivité et une intensité insoutenable.

Pour les employés, l’effet cumulatif est la fatigue, l’épuisement professionnel et le sentiment croissant qu’il est plus difficile de se détacher du travail, d’autant plus que les attentes organisationnelles en matière de rapidité et de réactivité augmentent.

Au lieu de réagir passivement à la manière dont les outils d’IA remodèlent les lieux de travail, les individus et les entreprises devraient adopter une « pratique de l’IA » : un ensemble de normes et de routines intentionnelles qui structurent la manière dont l’IA est utilisée, le moment où il est approprié de s’arrêter et la manière dont le travail devrait et ne devrait pas s’étendre en réponse à de nouvelles capacités.

Maîtriser l’IA pour une productivité durable

L’intelligence artificielle représente un potentiel immense pour transformer le monde du travail, mais son adoption nécessite une approche réfléchie. En reconnaissant les risques d’intensification du travail et en mettant en place une « pratique de l’IA » adaptée, les entreprises peuvent maximiser les bénéfices de l’IA tout en préservant le bien-être et la performance de leurs employés. Il est essentiel de considérer l’IA comme un outil au service de l’humain, et non comme une fin en soi.

En savoir plus

2 responses to “L’IA, fausse promesse de réduction du travail ?”

  1. […] Adieu fourches, pics, faux ! Bonjour IA ! En furetant d’ailleurs sur les réseaux sociaux, vous y verrez qu’ils sont parsemés de posts de développeurs submergés par le plaisir qu’ils ont à vibecoder et par le temps qu’ils peuvent consacrer à leur nouvelle façon de travailler (Vous vous souvenez de l’étude de Harvard Business Review à propose de ce que faisait l’IA sur notre façon de travailler ? Relisez-la.) […]

  2. […] récemment à la hausse du travail qu’induirait l’IA selon plusieurs études (dont j’ai parlé aussi ici). Mais je crois qu’on prend un peu trop souvent le problème de ce que fait l’IA au […]

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