Les dark patterns dans le collimateur du législateur américain : faut-il réglementer l’UX design ?

Les dark patterns dans le collimateur du législateur américain : faut-il réglementer l’UX design ?

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Il semblerait que le législateur américain ait décidé de prendre le taureau des dark patterns par les cornes.
Les dark patterns sont ces « trucs » d’interface qui  trompent volontairement les utilisateurs d’un site ou d’une application afin de leur soutirer le plus souvent de l’argent, une inscription à un service qu’il n’avaient pas désiré ou bien à les empêcher, au contraire, de quitter un service. Ne vous mentez pas, vous en avez sûrement déjà rencontré un et je pourrai facilement même vous citer plusieurs grands sites ayant pignon sur rue mettant en œuvre des dark patterns.
Mais tout ceci n’a rien de nouveau. Et les dark patterns ne sont que les avatars numériques des techniques marketing abondamment utilisées depuis bien longtemps quand Internet n’était pas encore là. Souvenez-vous, si vous êtes assez vieux, de ces enveloppes vous assurant avoir gagné un gros lot à un concours auquel vous n’aviez jamais participé. Ou bien de ces cadeaux fastueux qu’on vous promettait si vous vous abonniez à tel ou tel service et qui se révélaient toujours être du toc.
Seulement il semblerait et je pense que personne n’osera me contredire, qu’avec l’avènement du numérique ces techniques aient pris des proportions et des formes homériques. Un dark pattern sur une appli de jeu peut vraiment faire gagner le jackpot à ses auteurs.
Et, conscients des proportions folles que prennent les bénéfices liés à ces dark patterns, c’est là que 2 sénateurs américains veulent intervenir. En s’attaquant d’abord et surtout aux plus gros. Suivez mon regard… une certaine société F. dirigée par un certain M.Z. est au cœur des ambitions de ce projet de loi qui n’est donc encore qu’un projet, mais qui… montre bien que le régulateur semble prendre très au sérieux les dérives obscures du design numérique.
Cela soulève évidemment bien des questions que vous ne manquerez pas de vous poser vous si vous êtes empreint d’un soupçon de sagacité.
  • Que-ce qu’un dark pattern, au fond ? Comment le définir ? A quel moment est-on dans l’arnaque délibérée ? A quel moment ne l’est-on plus ?
    La limite est mince entre la fraude délibérée et la roublardise normale du marchand qui, face à la compétition, essaie d’aller aussi loin que possible dans son argumentaire, quitte à mentir ou presque. Mettre tout en bas de page un bouton de désinscription de manière à le rendre plus difficile à trouver : est-ce une tromperie ou pas ? Designer une interface pour guider le regard vers une offre plus rentable pour le marchand, mais sans plus de bénéfice pour le client : est-ce du merchandising ou une tromperie ?
  • Comment légiférer sur des pratiques aussi difficile à définir et aussi mouvantes ? On connait la chanson. Un problème surgit du numérique. Le législateur fait une loi. Trois mois plus tard, elle est obsolète. Souvenez-vous de la Loi Hadopi. Ne parait-elle pas totalement ridicule et dépassée aujourd’hui ? Qu’en sera-t-il si on essaie de graver dans le marbre les dark patterns ?
  • Doit-on faire prendre conscience aux designers et aux marketeurs des pratiques douteuses qu’ils mettent en oeuvre parfois sans vraiment s’en rendre compte ? Un travail d’éducation n’est-il pas à faire ?

La question n’est donc pas simple à résoudre.

Pour ma part, je pense qu’un code de bonne conduite devrait être adopté par les développeurs d’applications et de sites webs. Il ne s’agit pas de faire quelque chose de contraignant, car en ce bas monde numérisé, la contrainte finit toujours par engendrer le contournement. Mais il s’agit de clarifier auprès des concepteurs ce qui s’apparente à un black pattern et ce qui ne s’y apparente pas. Ça serait déjà un premier pas vers une amélioration et un endiguement de ces pratiques douteuses.

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