Marquage IA : cachez cette IA que je ne saurais voir

Marquage IA : cachez cette IA que je ne saurais voir

Avatar de Olivier Sauvage

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Faut-il mettre un tag aux images, aux vidéos ou aux textes générées par IA?

Je suis sans doute comme vous, je me pose une question : est-ce qu’utiliser l’IA dans une photo, c’est de la triche ? Ou dans une vidéo ? Est-ce que c’est honteux ? Est-ce que c’est immoral ? Ou plus simplement encore, est-ce que c’est voler du travail à quelqu’un ?

Le débat est vif autour de ces questions, parce que l’IA permet si facilement à n’importe qui de créer des images ou des vidéos d’un photoréalisme tel que c’était comme si on avait inventé une fusée spatiale que n’importe qui pourrait piloter, sans avoir jamais appris à voler. Si vous n’en êtes pas convaincu, jetez un œil sur n’importe quel réseau social aujourd’hui pour tomber sur une déferlante de créations IA, toute plus réaliste les unes que les autres que des apprentis sorciers du digital s’amusent à créer en testant les nouvelles possibilités de Nano Banana Pro.

Aucune de ces images ne prête à confusion : on ne sait pas qu’elles ont été générées par IA, on ne peut pas en avoir la preuve matériel, mais on se doute bien que c’est le cas. Je vous dis ça peut-être parce que je suis habitué au sujet, peut-être parce que je suis un geek, peut-être aussi parce que c’est mon métier de m’intéresser à ça, et que je ne suis pas naïf, même s’il peut arriver parfois de me faire avoir par une image, et sans doute même plus d’une fois, mais, et c’est ça qu’il faut comprendre, je garde un œil averti et un esprit critique sur tout ce que je vois. Je reste « aware », comme disait notre ami Jean-Claude Vandamme, on ne me la fait pas, à moi, je ne suis pas de ceux qui croient trop facilement et trop rapidement tout ce qu’Internet donne à manger à cet œil.

Ce n’est pas vrai pour tout le monde. La plupart des gens ont un certain niveau d’éducation et une certaine habitude des réseaux sociaux, et la plupart, réfléchissent à ce qu’ils voient… je crois que beaucoup peuvent vite deviner ce qui est faux ou ce qui est vrai. Beaucoup, mais pas tout le monde, et pas toujours, et la sortie du nouvel algorithme de Google est un avertissement. Désormais n’importe quel gamin de quatorze pourra générer une image dont il sera impossible de dire si elle a été prise avec un appareil photo ou si elle a été générée par IA. Un gamin, ça n’est peut-être pas grave, mais des âmes mal intentionnées, ça le serait certainement.

Un débat déjà dépassé ?

A l’heure qu’il est, on débat donc de savoir s’il faut tagger ces images. C’est que fait déjà Nano Banana en ajoutant un marqueur invisible à tout ce qui lui sort des entrailles. Tiktok le fait déjà. Sora, l’outil d’Open AI, ajoute un logo. Mais inutile de dire que ce que qui peut être fait dans un sens, peut l’être dans l’autre… et que si j’étais un faussaire, j’utiliserais probablement une autre IA pour retirer cette marque.

Dans le domaine de la publicité et de la création visuelle, ça s’écharpe pas mal sur le sujet, mais le débat est autre. Marquer l’IA permettrait de distinguer l’artificiel du réel, tout en sachant que le réel, en photographie, ou en vidéo, ça ne veut plus rien dire depuis longtemps, on le sait depuis Magritte, nous ne voyons dans les images que ce que nous voulons voir… c’est notre interprétation qui fait l’image, pas la réalité. J’y vois personnellement une combat d’arrière garde, soi disant destiné à avertir le spectateur que ce qu’il voit est faux, alors que cette notion n’existe plus depuis longtemps dans la pub ou la communication, où tout est faux, retouché, retravaillé. Qui peut encore croire que les burgers des pubs d’un Mc Do ressemblent au burger que vous allez manger juste après être entré à l’intérieur ? Qui croit encore que les corps des mannequins ou les photos des magazines que vous feuilletez peut-être l’après-midi au soleil au bord d’une piscine sont la réalité ? Toute image diffusée, toute vidéo est artificielle. Rien n’est réel. Pour être honnête, il faudrait marquer les images qui ne sont pas retouchées, ne contiennent aucun ajustement, des images brutes, justement, un peu comme des reportages vidéos silencieux de TV Monde, je ne sais pas ce qu’ils font encore ça.

Tous les créateurs utilisent déjà massivement l’IA

J’ai vu des internautes qui disaient qu’il fallait marquer les images qui n’avaient pas été créées ou modifiées par l’Ia, comme si… et c’est ça qui est intéressant, comme si utiliser l’IA, c’était tricher, comme si utiliser l’IA, c’était voler. Voler, donc. Mon avis sur la question est clair, oui, la création d’OpenAI comme tous les autres LLM s’est fait sur le pillage sans autorisation de données. Ça a commencé comme ça et ça continue encore, même si les « pillés » commencent à réagir. Mais on ne reviendra pas en arrière.

J’ai commencé à écrire cet article, car je suis convaincu que l’IA sera partout dans nos images, dans nos textes, dans nos vidéos, et que, d’ici quelques temps, utiliser l’IA ne posera plus aucune question aux créateurs. Ils l’auront intégrée, ingérée, et sauront s’en servir autant que de leur traitement de texte, que de leur Photoshop ou de leur caméra. De nombreux exemples vont dans ce sens : des scénaristes français, passés de l’état de contempteur, à celui d’utilisateurs avides, des auteurs anglo-saxons l’ayant massivement adoptée tout en craignant pour leur avenir, aux publicitaires, pensez à la pub Coca-Cola, plus personne, en majorité, ne rejette l’IA. Les plus entreprenants s’en emparent et bientôt il ne sera absolument plus possible de distinguer l’œuvre contenant de l’IA de celle qui n’en contiendra pas du tout.

Croire que l’IA va à contresens de l’esprit créatif, de l’invention, de l’art, de l’esthétique, de l’intelligence et qu’elle va réduire en bouillie les métiers de la création revient à ignorer que l’innovation technologique ne fait que rebattre les cartes de la création encore et encore et sans cesse renouveler les possibilités inventives et artistiques. Photographie, cinéma, IA sont les avatars d’une même suite logique qui jamais n’a fait disparaître notre envie de raconter des histoires, de jouer de la musique ou de dessiner le monde. L’IA n’y changera rien.

4 réponses à « Marquage IA : cachez cette IA que je ne saurais voir »

  1. Avatar de dgaussin

    Très intéressant et pertinent mais il manque je crois à l’article le point de vue juridique et l’encadrement déjà existant de l’l’AI Act.

    1. Avatar de Olivier Sauvage
      Olivier Sauvage

      Bonjour et merci. Oui, honnêtement, je ne suia pas à l’aise avec ces sujets. Pour ce que j’en ai lu, il n’y a pas aujourd’hui, d’obligation de marquage.

  2. […] termine ce petit mot pour compléter l’article que j’avais publié samedi sur le marquage des images IA. Avec l’arrivée d’outils comme Nano Banana Pro ou Sora, ou Veo 2, les arnaques vont […]

  3. […] opposition à [une information] que tout le monde verrait s’ils posaient cette question. » On en revient à cette question du marquage. Faut-il ou pas avertir les gens de contenus générés ou personnalisés par IA ? Faut-il séparer […]

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