Les apps et les services en saas vont-ils disparaître à cause du vibe coding ?

Les apps et les services en saas vont-ils disparaître à cause du vibe coding ?

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Si vous me suivez, vous savez que je m’intéresse de près au vibe coding et que je développe moi même ma propre applicatoin, un futur service en Saas. C’est donc avec attention que je suis les implications que le vibe coding amène sur le monde du développement et notamment sur le monde du développement des services en saas, mais aussi celui des apps, car… il court de plus en plus intensément la rumeur que le marché des apps et des services en saas pourraient complètement disparaitre à cause du vibe coding.

La question du coût

La raison de cette disparition serait que le vibe coding ne rendrait plus nécessaire le besoin d’acheter ou de louer des services sur étagère, mais plutôt qu’il reviendrait moins cher et qu’il serait plus pratique de développer son propre service ou sa propre app. Le vibe coding serait devenu si puissant et sa prise en main si facile que la plupart des besoins d’une entreprise en services informatiques pourraient donc être pris en charge par des développements d’une équipe interne, même pas qualifiée.

La question des connaissances métiers

Par exemple, plutôt que de payer un service comme Brevo, vous développeriez vous même votre propre outil pour envoyer des campagnes de mails. En théorie, rien ne vous empêcherait de le faire. En pratique, rien qu’à l’écrire, je prends conscience que c’est quasiment impossible sans une connaissance profonde des règles en matière d’envoi d’email, de gestion de base de données, de RGPD, de gestion de serveurs mails, de probité de nom de domaine, etc…

Redévelopper Brevo serait tout à fait possible et coûterait sans doute très peu cher par rapport à l’investissement qu’a fait Brevo depuis des années, mais en réalité, il y a fort peu de chances qu’un individu seul ou même une petite équipe interne ait intérêt à développer une telle solution. La feuille de route technique nécessiterait une connaissance que n’aurait sans doute pas cette équipe et elle aurait beaucoup moins de temps à perdre qu’à développer une application qui existe déjà.

Une vision tronquée

Cette vision remet déjà en question la disparition des saas à cause du vibe coding.

Le vibe coding permet de se saisir de n’importe quel problème et de lui trouver une solution, mais cela a un prix qui est tout de même conséquent et il est fort probable qu’une équipe en interne d’une entreprise n’aurait aucun intérêt à dépenser du temps à refaire ce qui existe déjà. De ce point de vue là, les solutions saas peuvent dormir tranquillement. Si leur avance est grande, elles n’ont aucune raison de s’inquiéter.

Le développement n’est plus la plus-value d’un produit

Ce que l’on voit à travers un exemple simple comme celui là que la question n’est pas celle d’avoir du temps de développement pour une somme dérisoire. J’ai un abonnement Google Ultra à 200€/mois. C’est beaucoup pour un individu seul, mais ça représente l’épaisseur du trait pour une entreprise. La question n’est donc pas là. Elle est dans la connaissance métier et dans l’état du marché. Pourquoi redévelopper quelque chose qui existe déjà et comment faire pour récupérer le savoir que Brevo a emmagasiné depuis plusieurs années ? C’est irrécupérable de l’extérieur et c’est bien cela qui fait la valeur de Brevo. Pas son code. Même si ça représente tout de même une somme de travail, même pour une IA. Un travail qui n’est pas gratuit, mais qui, c’est vrai, a vu son prix diminuer drastiquement à cause de l’IA générative.

Apps, saas, même combat, mêmes problèmes, mêmes réponses

Je vous parlais des apps sur les téléphones mobiles tout à l’heure, parce que Nothing vient de sortir Essential Apps, une solution qui permet de créer des applications mobiles à partir de quelques prompts. La promesse de Essential Apps, c’est que vous allez pouvoir vous même développer les applications dont vous avez besoin et ne plus payer pour avoir des apps déjà développées, mais, en réalité, cet argument est aussi faux que pour les saas.

Comme je le disais hier, il est relativement facile et rapide de développer des petites applications simples pour des besoins spécifiques et, en cela, le vibe coding va permettre à des millions d’entreprises et d’individus de se créer des bilbliothèques de mini applications pour leurs besoins propres, mais cela ne rentre nullement en concurrence avec une véritable activité de développement, comme je l’ai démontré.

En réalité, le vibe coding, majoritairement, permet à des millions de personnes et d’entreprises de combler des besoins qui étaient jusqu’alors trop cher à faire et qui n’avait pas d’intérêt à être développés pour cette raison. Le vibe coding est plus une extension du domaine du développement à l’ensemble des besoins en développement qu’à une entrée en concurrence avec le vrai développement d’applications.

Le vibe coding déplace la valeur du codage vers celle du marketing

Il ne faut pas voir toutefois le vibe coding sous cet angle unique, car il est maintenant avéré également que les professionnels l’utilisent intensément dans leur quotidien. Est-ce qu’il leur permet d’aller plus vite, de gagner du temps, de réduire leurs coûts ? Sans doute pas tant que ça. Comme le disent beaucoup de développeurs qui en parlent, le vibe coding change leur manière de travailler plus que leur productivité. Ils passent désormais plus de temps à piloter les agents et à corriger leurs erreurs qu’à développer proprement dit leurs applications, mais le gain espéré n’est sans doute pas si important que ça, et pourrait même être nul, puisqu’en réalité le vibe coding est surtout une transformation dans la manière dont on crée des services et déplace la valeur des individus vers la connaissance métier, l’UX et le marketing. C’est là, à mon avis, que réside le grand changement.

Le vibe coding va favoriser les métiers de la connaissance du marché et du marketing

Le vibe coding va faire baisser le coût de la main d’œuvre en développement, parce que moins de compétences en développement seront nécessaires à l’avenir. En revanche, il va favoriser la connaissance métier, l’observation des utilisateurs, la capacité à trouver des services innovants vraiment utiles, la compréhension du marché et de ses besoins. C’est, en quelque sorte, la fin de la domination absolue des développeurs sur le monde la tech au profit des marketeurs : un mouvement, en réalité, déjà commencé depuis pas mal d’années, mais que le coût encore exorbitant du développement jusqu’à récemment avait masqué et freiné.

On est loin de la fin des outils en saas et des apps

Les apps et les saas ne disparaîtront pas tant que ceux qui fabriquent des produits numériques seront capables de garder une avance sur leur marché. La valeur de leur développement dépendra alors plus de leur capacité à servir réellement des utilisateurs, à améliorer leurs compétences en leur fournissant des solutions qui les aident à être meilleurs. Pour ceux qui auront compris cela, il y aura encore beaucoup de valeurs dans les saas et les apps.

La revanche de l’UX

Et je terminerai par un petit point personnel qui me tient à cœur : l’UX. J’ai tendance à croire que l’UX qu’on croyait galvaudé depuis quelques mois va reprendre beaucoup de valeur. Etant donné que le code sera un challenge beaucoup moins difficile à relever, laissez-moi croire que ceux qui arriveront à créer des solutions qui collent exactement aux besoins de leurs utilisateurs et qui sont vraiment faciles à utiliser gagneront encore plus la future partie à venir.

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