Le mythe de la startup à 3 personnes

Le mythe de la startup à 3 personnes

Avatar de Olivier Sauvage

Article par :

Dans son interview lors de l’India AI Summit la semaine dernière, Sam Altman évoquait cette prise de pouvoir par des startups de 2 ou 3 personnes qui feraient autant de chiffres d’affaire que n’importe quelle petite startup d’autrefois où il fallait 40 à 50 personnes pour faire le job.

Une idée désormais très répandue

Et c’est une idée que je vois souvent. Beaucoup prédisent un bel avenir aux indép’ qui sauraient se servir des outils de l’IA pour augmenter leur productivité et vendre pour feux fois moins cher ce qu’ils faisaient avant. On peut l’imaginer facilement quand on sait par exemple que Google vient de lancer une version deux fois plus puissante de Gemini pour le même prix. Et ça n’est pas fini !

Le prix de l’IA va encore baisser dans les mois à venir, rendant encore plus productifs ceux qui sauront s’en emparer.

Mais un faux calcul

Mais ce petit calcul est faux. Ce n’est pas parce que vous saurez faire les choses deux fois plus vite que vous vendrez deux fois plus. C’est plus compliqué que ça.

Vous pouvez tenir ce raisonnement à l’échelle d’une personne, mais une personne n’est jamais seule dans un marché. Il y a de la concurrence. Et aujourd’hui, dans la tech, il y a beaucoup beaucoup de concurrence. Bien sûr, si vous prenez un coup d’avance, et que vous vous mettez à bien exploiter l’IA pour vos services, vous pourriez prendre des parts de marché (à supposer que vous soyez un bon commercial). Mais cela n’aura qu’un temps.

C’est comme cette histoire de ruée vers l’or.

Une période similaire à la ruée vers l’or

Pour creuser, il fallait des pelles et des pioches. Les premiers chercheurs d’or qui en avaient pouvaient avoir le privilège de chercher le bon spot, comme on dirait maintenant, ou plutôt le bon filon. C’est vrai… mais ce ne seront qu’une poignée d’entre eux qui parviendront à en profiter. Trouver le bon filon n’est pas si facile. Et même si vous avez déjà un filon aujourd’hui, pouvoir l’exploiter plus rapidement demande aussi plus de moyens commerciaux, logistiques, de services après-vente, etc…

Mais surtout aujourd’hui, à la vitesse où vont les choses, ne croyez pas que vous resterez le seul chercheur avec une pelle et une pioche pendant longtemps. Les concurrents vont vite affluer et vous ne serez plus seul.

Une fenêtre de tir pour prospérer, oui, mais elle va vite se refermer

Ce que l’on vit aujourd’hui est à peu près la même chose. Si vous êtes malin, vous pourrez un temps, aller plus vite que les autres, mais pas pendant très longtemps, et ce sera juste le temps qui vous permettra si vous en avez les qualités d’acquérir de nouvelles parts de marché. Mais, technologiquement, vous serez vite rattrapé. Il ne faudrait pas imaginer que vos concurrents vont se croiser les bras et il ne faut pas non plus penser qu’acquérir les bonnes compétences en IA sera difficile.

L’accès à l’information en temps réel favorise tout l’écosystème à la fois

A l’heure où l’information circule en temps réel, où la donnée et l’information sont abondantes, il y a peu de chances que les compétences liées à l’IA ne se répandent pas comme la poudre dans tout le monde numérique.

Avoir le sens du commerce reste l’élément déterminant de la réussite

C’est pour ça que nous sommes effectivement à une période charnière où il y a des places à prendre, mais cette période risque de ne pas durer longtemps. Et qui plus est, la fenêtre de tir ne s’ouvrira pas pour tout le monde, mais, finalement, comme d’habitude, pour ceux qui seront les plus agiles, les plus malins, les plus clairvoyants et sans doute aussi ceux qui seront les plus polyvalents et seront capable d’embrasser des problèmes dans leur globalité. Et ceux, bien sûr, qui auront vraiment le sens du marché, ou le sens du commerce, si vous voulez 🙂

Et notamment pour tout ceux qui liront Numerika 🙂

Post scriptum

Un intérêt bien entendu

Les tech companies de l’IA ont tout intérêt à vendre le mythe de la startup à 3 personnes, car c’est le rêve de beaucoup. Ne pas avoir de salariés et gagner beaucoup d’argent. Mais rien que le fait de se dire que c’est un rêve devenu réalité devrait nous alerter.

Ce mythe, aujourd’hui, permet d’adresse un cible gigantesque de développeurs qui sont en proie à de nombreuses questions sur leur avenir, ce qui le rend d’autant plus attractif.

Trop de rumeurs d’exploits trop faciles

Il est renforcé par les innombrables posts qui courent sur les mirables du vibecoding, mais là aussi, méfiance. Les trop beaux discours de ceux qui disent qu’ils ne font que plus que faire travailler des agents IA à leur place devrait aussi éveiller les soupçons.

Petit rappel historique

Cela me rappelle cette période où il fallait faire du ecommerce. Les outils étaient devenus faciles à acquérir et mettre en œuvre un site ne coûtait presque plus rien. Le ecommerce devenait accessible à beaucoup de monde. Et on a vu beaucoup de gens se lancer dans l’espoir de s’enrichir rapidement.

Or, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé.

Comme toujours, ce sont les plus gros qui s’en tirent

A part quelques uns qui ont réussi à faire des coups, la majorité des ecommerçants sont restés tout petits et personne n’a fait fortune. Comme d’habitude, ce sont eux qui avaient une véritable expérience du commerce qui ont raflé la mise et se sont installés définitivement dans le paysage (Je pense à Veepee ou Cediscount). Mais ces entreprises ne sont pas parties de rien et ont mis beaucoup de moyens pour devenir ce qu’elles sont devenues. La barrière technique n’était au fond qu’une petite barrière, tout comme aujourd’hui.

Si tout le monde peut faire facilement, rapidement, pour pas cher, des apps et des applications, où est la valeur ?

2 responses to “Le mythe de la startup à 3 personnes”

  1. […] que l’image est claire. L’IA est en train de casser la baraque du métier de codage et beaucoup s’imaginent déjà multi-millionnaires, car ils vont pouvoir, au choix […]

  2. […] de l’entreprise. Si vous suivez ardemment Numerika, vous savez de quoi je parle, et vous connaissez mon opinion sur le sujet. J’ai un peu du mal à y […]

Laisser un commentaire