Pourquoi les saas ne vont pas mourir avec le vibe coding

Pourquoi les saas ne vont pas mourir avec le vibe coding

Avatar de Olivier Sauvage

Article par :

Le vibe code va-t-il tuer les saas ? J’ai déjà répondu à cette question et je pense que la réponse est non.

Une disparition prend toujours du temps

D’abord les saas existants ne vont pas disparaître du jour au lendemain parce que des millions de gens vont se coder la petite fonction dont ils auront besoin et qu’ils utilisaient dans leur Saas. Oui, certains le feront, mais un minorité. La plupart des gens n’ont pas envie de vibe coder. Les chiffres montrent bien cela.

Une majorité utilisent l’IA pour poser des questions ou faire des résumés, mais pas pour coder. Une infime minorité vibe code en mode « maker ». Ceux-ci se désabonneront de un ou deux services auxquels ils étaient abonnés, mais cela n’aura pas d’impact sur les milliers de clients qu’ont les Saas (si ce ne sont pas des millions pour certains d’entre eux).

Usages de chatGPT

Faire cette analyse reviendrait à dire que les saas rapportent de l’argent sans clients. Comme le disait l’investisseur français Thibaut Elzière, ce n’est pas la technologie qui fait la valeur d’un saas. C’est rarement elle. Ce sont ses clients et la capacité d’une entreprise à les retenir.

Recopier pour mieux tuer ?

Je vois souvent des posts passer dire qu’il suffirait de recopier un saas pour le tuer. Ce serait tellement facile. Mais c’est oublier qu’un saas est l’aboutissement d’années de développements, d’améliorations et que toute sa structure n’est pas visible en ligne. On ne peut recopier que ce qu’on voit, mais on ne peut pas deviner ce qu’il y a dans les coulisses. Deuxième erreur d’analyse.

L’épreuve la plus dure : trouver des clients

Mais le plus dur, dans le saas, c’est de trouver les clients. Ce n’est pas parce que vous développez un outil parfait que les gens vont se mettre à l’utiliser. Bien loin de là !

  • Convaincre d’utiliser un outil demande des efforts surhumains (ou presque, n’exagérons rien).
  • Il faut inspirer la confiance.
  • Il faut montrer qu’on offre une alternative crédible à ce qui existe déjà par ailleurs.
  • Il faut rendre la première utilisation la plus simple possible.
  • Il faut pouvoir continuer sans cesse à améliorer le service pour garder les utilisateurs qui pourraient être vite attirés par une autre solution.

La technologie n’est pas la barrière principale à un marché

Contrairement à croyance répandue, la technologie n’est pas la principale barrière d’accès à un saas. Elle l’était, dans une certaine mesure, car jusqu’alors elle nécessitait des investissements lourds et risqués. Cela freinait les ardeurs de pas mal de monde. Et cela limitait aussi les possibilités. Les bons développeurs ne se trouvent pas à chaque coin de rue.

Les changements induits par le vibe coding

Aujourd’hui, avec le vibe code, c’est un peu différent.

Tout le monde va pouvoir « vibe coder ». C’est la promesse des outils de développement assisté par IA. Malgré les critiques, on peut décemment penser que bientôt plus personne, ou presque plus personne, ne codera vraiment. Oui, c’est vrai, quelque chose est en train de changer. Le vibe coding enlève un obstacle majeur à l’accès au saas, mais il faut bien comprendre que si l’accès à la compétence de codage se généralise, ça ne change pas pour autant complètement la donne. Il faudra encore des gens pour piloter les agents, les diriger, les guider. Il faudra bien payer des gens pour faire ça.

La marche d’accès au code s’est abaissée

Mais le coût du code n’a pas tant baissé que ça. Le vibe code est trompeur. Il donne l’apparence de la vélocité, mais les gains de temps ne sont pas aussi grand qu’on l’imagine.

Refaire un saas de zéro, même si on en connait tous les aspects, ne coûterait probablement pas beaucoup moins cher à faire aujourd’hui avec le vibe code. C’est sans doute l’aspect le plus trompeur de cette transformation.

L’avis de Gemini 🙂

J’ai demandé à Gemini ce qu’il en pensait et de me partager quelques chiffres. Le problème, m’a-t-il dit, c’est qu’il n’y a pas d’études récentes sur le sujet. La plus citée reste celle menée par GitHub sur l’utilisation de Copilot qui précède l’explosion des agents.

Bénéfices apparents du vibe coding

Quand elle a été réalisée, ses résultats étaient plutôt flatteurs pour le vibe coding avec plusieurs bénéfices :

  • Gain de temps : Les développeurs utilisant l’IA ont terminé leurs tâches 55 % plus vite que le groupe de contrôle.
  • Taux de complétion : 88 % des utilisateurs se sentaient plus productifs.
  • Focus : 59 % déclaraient passer moins de temps sur des tâches répétitives, ce qui est l’essence même du « vibe coding » (déléguer la tuyauterie pour se concentrer sur l’architecture).

Mais ça, c’était avant l’arrivée des agents autonomes, popularisées par Claude ou Cursor. Le vibe coding consiste à donner une instruction de haut niveau (« Ajoute un système de paiement Stripe ») et à laisser l’outil modifier plusieurs fichiers simultanément. Et les IA sont très efficaces en cela.

On pourrait donc penser que développer irait plus vite

Une progression fulgurante

Sur le benchmark SWE-bench (qui mesure la capacité à résoudre des problèmes GitHub réels), les agents montrent une progression fulgurante. Là où un humain mettrait des heures à naviguer dans une base de code inconnue, l’agent identifie et corrige le problème en quelques minutes.

Les premiers retours d’utilisateurs intensifs de Cursor suggèrent que le temps de « mise en œuvre » (l’écriture effective des lignes de code) tend vers zéro, déplaçant 90 % de l’effort sur la revue de code et le design système. C’est surtout là que se situe le grand changement.

Les codeurs vont-ils enfin pouvoir se tourner les pouces ?

Si les codeurs passent moins de temps à coder, ils devraient normalement coûter beaucoup moins chers, n’est-ce pas ? Ou faire beaucoup plus de choses ? Ce qui leur permettrait de délivrer des applications encore plus puissantes et merveilleuses.

Hélas ! C’est loin d’être le cas. Et la fin du travail n’est pas pour demain pour les codeurs. Bien au contraire.

Le piège caché vibe coding

Une étude d’Uplevel (2024) a nuancé ce qu’on pouvait s’imaginer avant :

  • Si le volume de code produit augmente, le temps passé à corriger des bugs introduits par l’IA peut augmenter de 20 % à 30 % si le développeur ne maîtrise pas les bases (ce qu’on appelle la « dette technique générative »).
  • Le gain net est maximal pour les développeurs seniors qui savent « viber » (diriger) avec précision, mais peut être nul pour les débutants qui acceptent n’importe quelle suggestion sans comprendre.

Conclusion

À bien y regarder, les saas ne sont pas menacés du tout. Les barrières à l’entrée n’ont pas bougé. La seule chose qui ait vraiment changé semble être le métier de codeur lui même. Pisser du code, comme on disait à l’époque, va disparaître au profit du pilotage des agents, de la conception de l’architecture d’un projet, de la définition de ses fonctionnalités, de l’amélioration de son ergonomie.

Le curseur ne bougera pas. Le changement attendu risque de décevoir beaucoup de velléités. Développer un saas ne sera pas plus facile dans les années à venir. Pas beaucoup moins cher. Et continuera à se heurter au problème de la conquête du marché, qui est un problème marketing et commercial auquel le vibe coding n’apporte pas de solution ni de transformation.

Une réponse à « Pourquoi les saas ne vont pas mourir avec le vibe coding »

  1. […] nous parle de la mort des Saas, de la mort du business model des apps, de la mort des agences, de la mort des ESN, de la mort de […]

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