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L’IA pourrait-elle sauver l’orthographe ?

L’IA pourrait-elle sauver l’orthographe ?

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Un de nos pires cauchemars pourrait bien disparaître

Cette semaine, il y avait un papier dans le Parisien dont le titre dramatique au possible ne pouvait que déclencher la tempête sur les réseaux sociaux. Paru suite à une étude sur le niveau des élèves dans l’enseignement supérieur, on peut y apprendre que l’orthographe n’est plus vraiment le bien commun, partagé par tous et par toutes, qu’elle devrait être.

Bien sûr, ça a déclenché pas mal de débats avec, d’un côté, les tenants d’une simplification de l’orthographe , les réformateurs, et, de l’autre, les gardiens du temple, ceux qui veulent qu’on ne change rien et que le français reste ce qu’il est, et que tout le monde fasse l’effort de l’apprendre correctement.

Mais je me demande si tous ces gens regardent bien en face le problème, car les LLM (Large Language Model, ces modèles d’IA qui permettent d’écrire à notre place) sont peut-être en train d’introduire un nouvel élément dont la plupart des débatteurs ne semblent pas encore réaliser qu’il pourrait vraiment changer la manière dont l’orthographe pourrait être enseigné. Car qui, théoriquement, aurait encore besoin de savoir correctement écrire le français quand les LLM peuvent le faire à leur place ?

Je comprends bien que c’est un peu dérangeant de dire cela, mais en pratique, il est tout à fait possible aujourd’hui d’écrire n’importe comment sa propre langue et de se faire corriger entièrement par ChatGPT ou Gemini.

Je ne suis pas en train d’affirmer qu’il ne faudrait plus apprendre le français et ses règles de grammaire et d’orthographe, qui sont plus ou moins compliquées, et qui semblent en tout cas poser de plus en plus de mal aux jeunes. Je pense, en revanche, que dans un monde où existe un outil qui peut corriger l’orthographe parfaitement, il n’y a aucun doute que les gens s’en emparent pour pallier leurs faiblesses et leur manque de motivation à rédiger un français sans fautes. Et, je dis les jeunes, mais je pense aussi à tous ceux, de tout âge, pour qui l’orthographe est à la fois une souffrance et une honte.

Beaucoup disent, et je trouve qu’ils ont raison, que l’orthographe appartient aux français et pas aux académiciens, ni à une élite qui la maîtrise et s’en sert comme barrière à l’entrée dans le monde professionnel. Ça ne devrait pas être le cas. Personne ne devrait voir son CV refusé, parce qu’on y trouve un « s » au mauvais endroit. Maîtriser ou pas l’orthographe n’est pas en soi synonyme de compétence professionnelle ou d’intelligence.

Ce n’est pas parce qu’on fait des fautes qu’on ne sait pas raisonner ou s’exprimer à l’oral. C’est d’ailleurs une erreur commune de le penser et certains recruteurs ont peut être raté de bonnes candidatures à cause de cela. Le préjugé peut pénaliser autant dans un sens que dans l’autre : l’entreprise comme le chercheur d’emploi. Je crois que la France est le seul pays en Europe où ce problème est si prégnant et je pense aussi vraiment que notre langue, aujourd’hui, dans toute sa beauté, n’est pas adaptée au monde du travail d’aujourd’hui.

Remarquez, au passage, que je ne tiens pas à inclure dans mon raisonnement la langue et son orthographe au service de la littérature, du théâtre ou de la poésie.

Telle qu’elle est construite aujourd’hui, l’orthographe coûte de l’argent à notre économie : aux travailleurs, aux entreprises et à l’Éducation Nationale qui y consacre tant de temps, chaque année.

Quand l’orthographe devient un obstacle, elle doit évoluer pour que la langue qu’elle soutient, le français reste un outil puissant, accessible et efficace pour tous, sur un pied d’égalité, avec la meilleure rentabilité économique, et dans un contexte international où la part du français s’estompe au profitde l’anglais, du chinois, de l’indien ou de l’espagnol.

En plus de deux siècles, notre orthographe a peu évolué. Fondamentalement, elle reste toujours aussi complexe. Et avec un niveau de formation générale qui s’est élevé, des études qui se sont allongées, dans un monde où le travail de bureau a pris une place prédominante, où l’utilisation de l’écriture est une compétence utilisée par une masse de personnes jamais atteinte dans notre histoire, continuer à s’obstiner à essayer d’appliquer des règles qui pouvaient avoir un sens à une époque lointaine relève aujourd’hui d’une certaine forme de masochisme.

Et si l’IA était alors la solution ? Si nous avions une IA académicienne ? Une IA qui analyserait et lirait tous les textes en français ? Une IA qui pourrait nous relire et nous corriger ? Mais aussi une IA qui pourrait nous apprendre et nous expliquer comment accorder les noms et conjuguer les verbes ? Je ne sais pas si l’idée est absurde, mais les changements à l’horizon sont tels qu’on peut se demander encore quel serait le sens d’apprendre vraiment l’orthographe, hormis pour les linguistes, les professeurs et les spécialistes de la langue, les écrivains ou les poètes ? En étant nourrie elle même de nouveaux textes en permanence, cette IA ferait automatiquement évoluer la langue sans aucune intervention humaine, même si parfois, il y aurait peut- être besoin de la corriger par des spécialistes pour qu’elle ne dérive pas vers un bloubiboulga indigeste.

Tout le monde pourrait l’utiliser sans limite. Chacun aurait le droit de faire corriger son texte par cette IA. Chacun aurait aussi le droit de ne pas l’utiliser. Ce serait une sorte de super gardienne de la langue nourrie par les millions de mots et de phrases qui lui seraient soumis tous les jours, se corrigeant sans cesse, et permettant à tout ses utilisateurs de se concentrer sur d’autres problèmes que l’accord du participe passé et la peur de faire des fautes en risquant de devenir la risée de son destinataire. Est-ce qu’on aurait pas tous à y gagner ?

L’orthographe ne serait alors plus un critère de discrimination, puisque plus personne ne pourrait faire de fautes. Il deviendrait – en réalité, c’est déjà le cas – impossible de distinguer celui qui maîtrise l’orthographe de celui qui ne la maîtrise pas, ou n’y arrive pas.

2 réponses à « L’IA pourrait-elle sauver l’orthographe ? »

  1. […] latence, mais la vitesse semble aussi rapide, et même plus rapide, qu’un interprète. Tout comme l’IA pourrait sauver l’orthographe, elle pourrait aussi bien sauver les langues […]

  2. […] can still sense a slight latency, but the speed seems as fast, or even faster, than an interpreter. Just as AI could save spelling, it could very well save foreign languages […]

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