Aurélien Bardon, une figure nordiste du SEO
Je connais Aurélien de longue date : il est l’une des figures les plus connues de l’entrepreneuriat digital du Nord. Comme on avait le temps, et que je m’intéresse actuellement pas mal au sujet du GEO (voir mon petit guide du GEO pour le B2B), on s’est dit que ça vaudrait le coup d’échanger sur le sujet pour qu’Aurélien puisse me faire part de ses opinions de spécialiste reconnu nationalement du SEO.
Ce que j’aime bien chez lui, c’est qu’il est sans détour et n’essaie pas de se vendre à chaque coin de phrase. Et je savais à l’avance que cet entretien serait précieux et qu’il vaudrait vraiment le coup d’être lu par tous ceux qui souhaitent vraiment savoir où en sont le SEO et le GEO en France en 2026.
C’est quoi le GEO aujourd’hui ?
Olivier : Salut Aurélien, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Tu sais que je m’intéresse pas mal au sujet du GEO en ce moment, mais je ne suis pas un expert du sujet… et j’ai donc pensé que le mieux, ce serait d’en discuter avec toi. Je voudrais ton avis sur l’IA et le GEO, notamment après la récente note de Google qui semble cantonner l’IA au SEO (dont vous trouverez un résumé ici). Où en es-tu sur le GEO ? Qu’est-ce que c’est pour toi ?
Il n’y a pas d’expert GEO
Aurélien Bardon : Il est crucial d’être humble : il n’y a pas d’expert GEO, car c’est un domaine tellement nouveau et évolutif que ce que nous affirmons aujourd’hui pourrait être faux demain. C’est une tendance forte et incontournable, mais beaucoup de désinformation circule. Les prestataires s’adaptent, souvent en apprenant sur le tas, pour répondre à la demande de visibilité sur les LLM.
La préparation des grands groupes sur ces sujets est légitime, car ils ont les moyens de tester sans la même contrainte de retour sur investissement immédiat qu’un petit e-commerçant. Cependant, il faut se garder de faire de belles promesses. En SEO, on ne garantit pas les résultats ; en GEO, c’est encore moins possible en raison de la rapidité des changements.
Croire que le GEO va rapporter un rapide ROI est aujourd’hui une illusion en France
Si l’objectif du GEO est d’augmenter le chiffre d’affaires ou le trafic, on sera extrêmement déçu. Malgré une croissance spectaculaire de l’utilisation mois après mois, par rapport au trafic généré par les moteurs de recherche classiques, la contribution des LLM reste insignifiante. Le trafic apporté est actuellement négligeable.
Mon discours changera le jour où les courbes de trafic deviendront significatives. Certains SEO reconnaissent déjà que le KPI pertinent n’est plus le trafic, mais autre chose. C’est un constat honnête, car les LLM ne génèrent pas assez d’utilisateurs, fournissent peu de liens, et les taux de clic sur ces liens sont très faibles.
L’alternative est de s’intéresser à la notoriété, en cherchant à ce que la marque soit citée. Une marque citée participe à sa notoriété, ce qui sera favorable à terme. Cependant, la question du volume — l’exposition réelle de la marque — demeure, et l’arbitrage en matière de ROI reste nécessaire face aux autres canaux marketing.
À propos de la mesure du GEO dans les LLMs
Olivier : La mesure est-elle fiable ? J’ai l’impression que les services de monitoring des citations, notamment aux États-Unis, sont très hasardeux, sans garantie réelle.
Aurélien Bardon : La mesure est effectivement très complexe. Plusieurs facteurs entrent en jeu :
- Personnalisation et Variabilité : Le LLM adapte ses réponses au profil de l’utilisateur et au contexte, et même sans personnalisation, les réponses ne sont pas systématiquement les mêmes. Monitorer quelque chose d’aussi variable est difficile.
- Contraintes techniques : L’allocation de puissance de calcul peut varier, rendant les modèles moins performants en fin de journée par exemple (rires). De plus, l’outil de monitoring doit refléter l’usage réel : utiliser l’API n’offre pas les mêmes résultats que l’interface grand public.
- Boîte noire (Blackbox) : Les mises à jour de modèles, même non communiquées, modifient les résultats et les citations de manière imprévisible.
Les prestataires les plus honnêtes tentent de contourner cela avec des KPI de couverture, en multipliant les tests de prompts tout au long de la journée pour estimer un pourcentage de citation. C’est une approche valide, mais immédiatement coûteuse.
Le choix des prompts à surveiller est un autre obstacle, car nous n’avons aucune donnée sur la popularité des prompts, contrairement aux mots-clés SEO. On en est réduit à filtrer les bases de questions SEO existantes, mais le volume de recherche sur les LLM est de toute façon très faible (environ 300 fois moins que sur Google).
À propos des optimisations GEO
Olivier : Quelles sont les optimisations GEO efficaces ?
Aurélien Bardon : Les bonnes pratiques GEO sont simplement les bonnes pratiques SEO habituelles. Il y a beaucoup de bullshit autour de techniques comme les microformats. Bien que nous les utilisions en SEO depuis 15 ans pour structurer les données (schema.org), leur impact sur les citations LLM est souvent nul.
Les approches qui fonctionnent sont plus simples :
- Obtenir des Mentions : Identifier les pages sources que les LLM citent pour une requête donnée et se faire mentionner sur ces pages.
- L’optimisation par « fanout » : C’est le point le plus intéressant. Un LLM a deux modes de réponse :
- Base de données interne : réponse directe basée sur les données d’entraînement (jusqu’à une date de coupure, ou cut-off).
- Recherche active (web mode) : pour une information récente ou inconnue, le LLM décompose la requête en sous-expressions clés (fanouts) et interroge un moteur de recherche.
Malgré les partenariats capitalistiques, ChatGPT a rapidement privilégié Google pour sa pertinence. L’enjeu est donc double : se positionner sur les SERP générées par ces fanouts, puis être cité parmi les pages scrappées par le LLM.

Aurélien Bardon, un expert SEO discret et reconnu
Expert SEO : Aurélien Bardon est une figure incontournable du référencement naturel en France avec plus de 20 ans d’expérience.
Entrepreneur : Il a fondé l’agence Aseox ainsi que la suite d’outils de monitoring Oseox.
Pédagogue : Il est très connu pour ses guides accessibles et ses outils d’analyse destinés aux professionnels du web.
Conférencier : C’est un membre actif de la communauté francophone qui partage son savoir via son blog et des événements.
Le nouveau marché du SEO : l’achat de citations
Olivier : Finalement, ça revient à faire du SEO classique, en produisant du contenu ou en obtenant des citations sur d’autres sites. Ma conclusion, c’est qu’on va passer de l’achat de backlinks à l’achat de citations sans lien.
Aurélien Bardon : Tout à fait. C’est le nouveau marché des places de netlinking, souvent à un coût un peu moindre. Les études montrent que les contenus qui performent sont ceux qui facilitent l’extraction d’information pour l’algorithme : comparatifs, données précises, et mise en forme lisible (tableaux, phrases courtes). Encore une fois, un bon article SEO intègre déjà cette clarté, l’UX, et l’accessibilité.
Cependant, il faut noter l’impact majeur des LLM sur le SEO. Google est agacé de se faire scraper par des concurrents (comme ChatGPT) et a pris des mesures concrètes : il a recruté pour lutter contre le scrapping, ce qui complique aussi la vie des SEO qui scrapent pour surveiller leurs positions. Google a même utilisé une méthode redoutable, déjà vue chez Amazon : renvoyer de fausses données aux scrapers pour pourrir leur base, favorisant au passage ses propres services (comme YouTube). C’est une guerre ouverte.
Les résultats naturels désintéressent Google
Google semble se désintéresser des SEO et des résultats naturels. L’impact négatif est déjà là : le trafic de certaines requêtes (comme les tutoriels simples ou la documentation) disparaît définitivement (exemple de Stack Overflow).
Olivier : Constates-tu déjà ces baisses de trafic en France, comme pour les médias aux États-Unis ?
Aurélien Bardon : L’impact est encore très mesuré en France, principalement car des fonctionnalités comme l’AI Overview ne sont pas encore déployées. Nous sommes protégés par un facteur réglementaire ou politique.
Il faut distinguer par pays et par typologie de site. Les sites de presse sont touchés et s’orientent vers des partenariats directs (comme Le Monde et ChatGPT), revenant à une logique de contrat et de trusted feed plutôt que d’algorithme.
Le vrai risque de disparition n’est pas là où on pourrait s’y attendre
La baisse de trafic est inéluctable à terme, mais le plus grand risque actuel pour les SEO français réside dans les changements d’interface de Google lui-même. J’ai des clients qui perdent du trafic alors qu’ils sont premiers sur leurs mots-clés de niche. La raison est la baisse du taux de clic, car Google repousse les résultats naturels vers le bas avec des publicités, des cartes, et des vidéos pour chercher de la croissance.
Cette érosion n’est plus compensée par l’augmentation massive de l’usage de Google. Notre plus grand risque est que Google inonde la page de trois pavés de pub, et que personne ne clique en bas. Malgré tout, le SEO conserve un ROI historiquement élevé.
Olivier : Concernant les LLM, quelle stratégie adopter face à l’importance de Reddit et de LinkedIn ? (lire aussi mon article à ce sujet)
Aurélien Bardon : Les LLM ciblent explicitement les résultats de Reddit dans leurs fanouts via l’opérateur site:reddit.com. C’est une volonté délibérée de la part des développeurs, et elle est renforcée par les relations capitalistiques entre Reddit et Google (un moyen pour Google de valoriser son investissement, comme en témoigne la hausse du cours de Reddit).
C’est paradoxal, car les traductions automatiques massives de Reddit pour le public français sont souvent catastrophiques (expressions anglaises traduites littéralement). On nous demande des textes de qualité en SEO, alors que Google pousse des résultats mal traduits.
Reddit est apprécié pour son contenu spontané et approfondi, conservant l’esprit des forums de l’an 2000, contrairement au bullshit standardisé et aseptisé que l’on trouve sur LinkedIn. Reddit a mis en place des systèmes de scoring pour valoriser le contenu de qualité. C’est une manière de contourner le marketing commercial. Évidemment, les SEO exploitent déjà cela en proposant d’acheter des citations sur des comptes Reddit établis.
Conclusion : comment orienter sa stratégie de marketing digital en 2026 ?
Olivier : Pour conclure, quelle recommandation globale donnerais-tu à une PME pour sa stratégie marketing ?
Aurélien Bardon : Le GEO n’est pas le sujet prioritaire en France pour l’instant, mais il faut le garder sous le coude. Pour toute entreprise ayant les moyens, la veille et l’investissement exploratoire sont obligatoires. Nous faisons face à une révolution gigantesque que nous ne pouvons ignorer.
Si Google décidait de mettre Gemini en avant par défaut, l’usage exploserait à des milliards de requêtes par jour. Deux facteurs freinent cela :
- Les Coûts : Traiter une requête LLM est beaucoup plus coûteux qu’une requête de recherche classique. Ils attendent une baisse des coûts de traitement.
- La Publicité : Google doit réussir à intégrer la publicité dans les réponses LLM de manière rentable, sans impacter les clics sur les publicités existantes.
Cette révolution est sociétale et impacte tout. Nous vivons une période de destruction-création, rappelant les débuts du web, mais en plus brutal. Il y a un sentiment de paralysie face à l’incertitude sur l’avenir des compétences traditionnelles.
Olivier : Aurélien, je te remercie !


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